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Apocope et aphérèse

          Comme Monsieur Jourdain la prose, nous pratiquons l’apocope et l’aphérèse sans le savoir. Ciné, métro, moto, sont des apocopes. Il s’en crée spontanément, en permanence: ado, cata, comme d’hab…

          Par souci d’économie verbale et de rapidité, il suffit d’amputer les mots d’une ou plusieurs syllabes finales. Cette «troncation» leur donne plus de force, plus d’impact, et les met en relief. Cela fait ‘initié’, branché, moderne.

          Ces termes s’imposent d’eux-mêmes via la créativité des locuteurs et sont finalement validés par l’usage. Nés dans un secteur socioprofessionnel précis, ils sont souvent adoptés par tous les milieux, surtout lorsqu’ils sont diffusés par les médias (forme tronquée de mass-media, locution venue de l’anglais par le latin).

          Certaines apocopes font donc partie du vocabulaire quotidien et elles ont (presque) fait oublier le vocabulaire original: taxi a remplacé taximètre.

          A l’opposé, moins fréquente mais fonctionnant sur le même principe, l’aphérèse est le retranchement d’une syllabe ou d’une lettre au commencement d’un mot. Par exemple, «bus» est l’aphérèse de «omnibus», et chandail vient de marchand d'ail! Pitaine se dit pour capitaine, troquet pour mastroquet.

          En thaï, les «vocables» provenant du sanskrit-pali ont souvent une orthographe plus compliquée que les mots du terroir, généralement monosyllabiques.

          Afin de simplifier la prononciation des termes importés (tout en conservant leur forme complète par souci étymologique), il a été décidé de placer un signe diacritique sur la dernière syllabe pour la rendre muette.

          Vous avez dû remarquer qu'il en va de même avec les mots étrangers: ainsi "town-house" est prononcé "thao-hao" à cause justement de cette "loi du silence" qui s'applique sur certaines  terminaisons. Kilogramme, chez les locuteurs siamois, subit à la fois l’aphérèse et l’apocope car il se rétrécit à «lo» (lo-la thaoraï? Combien le kilo?).

          Comme nous, les Thaïlandais adorent les abréviations. Entre autres, ‘computer’  se réduit à ‘khaum’. Ils usent aussi de la syncope [suppression de plusieurs lettres à l'intérieur d'un mot]: rong-phayaban (hôpital) devient rong-ban. Une pathologie incurable, paraît-il…

Raymond Vergé

 

http://www.linternaute.com/hightech/internet/interview/aurelia-dejond-on-n-a-jamais-autant-ecrit-que-ces-dernieres-annees.shtml

Aurélia Dejond (Journaliste et écrivain)

"On n'a jamais autant écrit que ces dernières années." [Publié le 09/09/2009]

 

"MDR, LOL, V manG"... un nouveau langage ou un jargon ? Est-ce dangereux pour le français, ou du moins pour la maîtrise de la langue par nos enfants ? Les réponses d'une spécialiste.

La rédaction: Vous dites que le cyber langage est un registre de langue. Pouvez-vous expliquer ce que vous entendez par là ?

 

Aurélia Dejond: Pour les linguistes, un registre de langage c'est une façon de s'exprimer en fonction du public. On ne parle pas à tout le monde, en toutes circonstances, dans ce langage. C'est comme le verlan. Le cyber langage est plus propre à un support : principalement Messenger (MSN) et les SMS. Un registre de langage n'est pas non plus excluant, à l'inverse d'un jargon. Le jargon médical est fait pour n'être compris que d'une communauté, l'ordre des médecins. Le cyber langage est plus qu'un phénomène communautaire, il a tendance à être universel, sans limite d'âge. Ce n'est pas non plus un effet de mode, la preuve, Messenger fête ses 10 ans.

 

Aurélia Dejond, journaliste et écrivain, professeur à l'I.H.E.C.S de Bruxelles et auteure de "Cyber langage", chez Racine. ©  DR

 

Vous dites que ce n'est pas excluant et sans limite d'âge ?
Les procédés de langage ne sont pas nouveaux et tout le monde peut les comprendre. Par exemple le "Je t M" date de 1959 et est une invention de Raymond Queneau. Les troncations ne datent pas d'hier non plus. Ciné, vélo, métro... Ce n'est pas nous qui les avons inventées. De même que les abréviations, les rébus ou les ellipses, ce sont des procédés que tout le monde, quelque soit son âge, peut comprendre. Et en cela, ce n'est pas excluant.

On pourrait même dire que c'est la difficulté de l'orthographe qui est excluante. Combien de personnes brillantes et cultivées se voient marginalisées par leur difficulté à maîtriser l'orthographe française? Le cyber langage offre une liberté qui désinhibe. C'est ce qui fait qu'on n'a jamais autant écrit que ces dernières années. 

 

En clair, ce n'est pas parce qu'on écrit en cyber langage ou langage SMS qu'on va faire plus de fautes ?

Non, la mauvaise orthographe est due à la personne qui écrit. Le cyber langage est juste plus tolérant. Il y a peut être des fautes, mais c'est aussi accru par la vitesse d'écriture, l'instantanéité, ou le besoin de gagner de la place (ndlr : un SMS est limité à 160 caractères). Pour bien en user, s'amuser avec les mots, il faut d'ailleurs bien connaître sa langue. Plusieurs enfants qui détestaient les cours d'orthographe et particulièrement la dictée s'y sont intéressés, car à s'amuser avec le langage sur MSN, ils reprenaient plaisir à apprendre le français. Après, je ne nie pas que le cyber langage peut habituer les enfants à faire certaines fautes ou à se passer de conjugaison et en cela il peut être un risque. 

 

Ce cyber langage va-t-il rester cantonné à Messenger ou au SMS ?

Non, il y a clairement une contagion. On entend déjà à l'oral des ados dire "LOL" ou "MDR", pour exprimer leur rire. On en voit dans la pub aussi. Le registre s'étend, on sait qu'on parle ou écrit ainsi parce qu'on est dans un moment de détente. Le cyber langage est de toute façon amené à évoluer. Il fait déjà des bébés comme le Leet (ndlr : ou 1337, remplacer des lettres par des chiffres à la graphie proche, le E par le 3, le T par le 7...).

 

  

Les trucs du cyber langage 

 

 

Procédé

Exemple

Explication

 

 

Troncation

Cinématographe/ cinéma/ciné

On ampute un mot de certaines de ses syllabes.

 

 

Rébus typographiques

2m1: demain

Utilisation de chiffres ou caractères d'imprimerie pour une syllabe

 

 

Phonétique
d'une lettre

G tout KC: j'ai tout cassé/NRV: énervé

Procédé simple qui vient de l'anglais

 

 

Phonétique simple

Keske tu ve?: qu'est-ce que tu veux ?

Chaque lettre doit se prononcer

 

 

Abréviation

bn: bonne nuit/msg: message

Utilisation des abréviations les plus connues, mais aussi de plusieurs propres au cyberlangage, y compris empruntées à l'anglais

 

 

Elipse grammaticale

V ManG: je vais manger

On se passe des articles, pronoms et de tout ce qui ne nuit pas trop à la compréhension pour gagner de la place

 

  

Source : Benchmark Group 

 



22/09/2010
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