Vignettes de ThaïlandePattaya: la vie, l’amour, la mort...Si l'on s'en tient aux faits divers tragiques rapportés par la presse et les télévisions locales, depuis quelques années il y aurait à Pattaya en moyenne tous les mois 2 à 3 morts par suicide commis par des occidentaux, soit une trentaine par an. Tous ne sont pas des touristes, beaucoup sont même des résidents de longue date.
Comme partout ailleurs dans le monde, les causes sont diverses: problèmes psychologiques préexistants, difficultés d'adaptation à une culture étrangère (et sans possibilité d'alternative), manque d'argent soudain et absolu, déception sentimentale, pressions socio-familiales, et parfois tout cela en même temps. Pragmatiques, les autorités s'inquiètent de la mauvaise image que cela pourrait véhiculer à l'étranger en ternissant une réputation (de la ville) déjà sulfureuse. Et, partant de là, chez les «commentateurs improvisés», deux écoles de pensée opposent leurs hypothèses: d'aucuns prétendent que nombre de ces décès (!) sont en fait des meurtres que l'on fait passer pour des suicides afin de ne pas effrayer le touriste potentiel. Les autres disent qu'au contraire certains meurtres officiellement déclarés seraient des suicides dont il faut minimiser l'augmentation pour préserver l'image de Dolce Vita qui sied à Pattaya. A qui se fier, mon bon monsieur?! Quoiqu'il en soit, cela fait plutôt désordre d'autant plus que se donner la mort dans un lieu où tout est fait pour profiter de l'existence dramatise encore davantage le problème. Car les occidentaux qui choisissent de venir ici ne sont pas supposés être une population à risque (puisque soi-disant éduqués, cultivés et nantis). C'est un peu comme le nombre de suicides de policiers en France : tout compte fait, il s'est avéré que cela n'était pas plus grave et inquiétant (sic) que dans les autres professions, mais c'est plus «spectaculaire». En Thaïlande, le taux de morts volontaires (chez les autochtones) serait, selon l'Organisation Mondiale de la Santé, de 14 par jour (>5000/an), la majorité étant le fait de personnes jeunes et en âge de travailler (15-44 ans). 30% seraient des malades du sida (le reste étant dû en grande partie à l'alcoolisme et aux dépressions monomaniaques). Parallèlement, d'après les chiffres du Ministère Thaïlandais de la Santé (cités par l'agence Reuters), le nombre de décès attribués au sida (en Thaïlande, donc) a été estimé à six cent mille durant les 19 dernières années. Au niveau de la planète, toujours d'après les statistiques établies par l'OMS, le taux de suicide aurait augmenté de 60% en 45 ans, sans compter les tentatives ratées, innombrables. Il est évident que ce phénomène était quasi inconnu chez les populations primitives. Le suicide, un casse-tête (sic) lié aux progrès de la civilisation? Si l'on en croit Albert Camus (1913-1960) qui écrivait (dans Le mythe de Sisyphe, Essai sur l'absurde, 1942): «Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux, c'est le suicide». D'accord, mais quid des maladies dégénératives et de toute façon mortelles? Le débat sur l'euthanasie (i.e. suicide assisté) a été relancé récemment en France, qui d'ailleurs, en dépit de l'interdiction du livre «Suicide, mode d'emploi» (Claude GUILLON et Yves LE BONNIEC, Paris, Éditions Alain Moreau, 1982) possède l'un des taux de suicide les plus élevés d'Europe, avec près de douze mille décès par an (voir L'Express du 11/09/2003), donc loin aussi devant la Thaïlande. Bref, rassurons-nous, la petite épidémie qui semble toucher Pattaya n'a rien d'exceptionnel. A noter (pour en finir!) que le verbe pronominal «se suicider» est critiqué par les puristes puisque le mot «suicide» veut déjà dire «homicide de soi-même», d'où la redondance. Alors de grâce, tuez-vous mais ne vous suicidez pas, cela choquera moins les grammairiens… Raymond Vergé Article ajouté le 2008-03-22 , consulté 204 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " Décodage "Retour aux articles |