Pattaya: Impression, soleil levant

Monet ? Non, money…


            La Thaïlande est connue pour son marché de la contrefaçon : montres, tee-shirts, disques compacts (audio, vidéo, informatique…), et tutti quanti. Mais depuis quelques années déjà, les grandes marques sortent les griffes (!), les 'majors' montrent les dents et les 'autorités' prennent des mesures coercitives pour enrayer le piratage.

          Or, malgré une base indéniablement et forcément créative, tout ceci reste dans le domaine purement mercantile au regard du Marché de l'Art que constitue le 'tableau' en tant qu'œuvre picturale. Et on peut même parler de l'art du marché puisque cela consiste à pallier les carences en satisfaisant une demande de plus en plus pressante.

          Car dans beaucoup de pays européens (mais aussi au Japon ou en Australie, par exemple), le pouvoir d'achat de Monsieur Tout-le-monde a considérablement augmenté et, en matière de signes extérieurs de richesse, les parvenus veulent jouer aux Bourgeois-Bohèmes-Libéraux-Libertaires (i.e. 'Bobos-Lilis'): il leur faut exposer (sic) ostensiblement (re-sic) leur ascension sociale et donc l'acquisition de 'toiles signées' reste une des recettes les plus employées pour afficher sa fortune et son esthétisme.


          Seulement, la production d'œuvres originales ne suit pas, c'est mathématique, voire dramatique. Mais fort heureusement, quelques grandes âmes (de véritables 'mahatmas') se sont penchées sur ce douloureux problème.


          Un site touristique comme Pattaya est particulièrement bien pourvu en galeries de peinture et les copistes y font un travail remarquable, à tel point que cela passe… inaperçu, du moins aux yeux de nombre de destinataires de leurs 'œuvres'. Et c'est bien sûr le but de la manœuvre.


          Comment se fait-ce ? C'est simple et magique à la fois puisque cela relève du miracle de la multiplication des pains et ce n'est rien d'autre que de la philanthropie appliquée.


          Rendez-vous compte, tous ces malheureux qui ressentent ce besoin impérieux d'accrocher une sublime croûte (sic) au mur de leur salon.


                Il leur suffit désormais de taper 'e-bay.com' sur les moteurs de recherche. Le paiement est sécurisé. Le certificat d'authenticité est fourni. Les expertises ne décèlent pas la fraude (ô pardon, je voulais dire le clonage!) car il ne s'agit bien sûr que de tableaux de 'petits maîtres', ou de 'maîtres' en devenir.


          Comme dans beaucoup de métiers (à tisser… les toiles), il y a plusieurs ficelles. La plus grosse est de 'vieillir' et de patiner le tout nouveau 'remake' d'un tableau moyennement 'coté' et de le proposer, via l'Internet, aux amateurs avides et peu éclairés.


          On peut récolter de cinquante à cent fois la mise. Ben quoi, on rend service, après tout! Et puis, si vous annoncez un prix dérisoire, ça sent trop l'arnaque grossière.


          Alors que là, non seulement vous garantissez la survie de familles entières de 'reproducteurs-contrefacteurs', mais en plus vous faites des gens heureux, i.e. des dilettantes qui croient avoir acquis une relique.


          Au début, ils se lèvent même la nuit pour l'admirer et se recouchent béats, le cœur content. Et ça, mon bon monsieur, ça n'a pas de prix.


          Il y a aussi d'autres stratégies non moins efficaces. Par exemple, vous ressuscitez un peintre qui a vraiment existé (Lazare, lève-toi et marche!) et vous faites exécuter (c'est indolore!) des œuvres 'posthumes' et fidèles au style du vénérable défunt. On choisira un quidam sans héritier, cela va sans dire.


          Ou bien vous 'boostez' la production d'un artiste vivant mais fatigué ou en panne. Là, il faut partager mais tout le monde s'y retrouve. Tchin-tchin.


          Sinon, le 'nec plus ultra', c'est encore d'inventer un 'barbouilleur idéal', avec une biographie super crédible, comportant des études brillantes, un apprentissage laborieux, une femme hors pair, des enfants admirables, des expos retentissantes, des collections particulières, des toiles fictives achetées par des gens très célèbres, et naturellement des tableaux bien réels et répertoriés dans les meilleurs catalogues 'professionnels' où le style pompier [des critiques] est de rigueur.


          Parmi le florilège de clichés les plus vagues [mais qui subjuguent l'inconscient collectif], citons: «… l'un des derniers impressionnistes contemporains renouant avec l'époque faste de la peinture française…. un peintre qui aime la couleur et s'emploie à la faire virevolter… apportant à ses œuvres une facture plus ardente, renforcée par le relief de la composition… aboutissant à une symphonie savamment orchestrée… ». J'achète!

Raymond Vergé





Article ajouté le 2008-03-24 , consulté 188 fois

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