Les moteusaï-taxis de Pattaya

Les moteusaï-taxis*

            Ils sont partout à Pattaya, sans doute plus de deux mille, une véritable petite armée. Ils quadrillent et sillonnent la ville, de jour comme de nuit, arborant pavillon vert, rouge, jaune, bleu marine ou rose, suivant les quartiers où ils sont rattachés et répertoriés, car en plus d'avoir une couleur distinctive, leur gilet porte un numéro et une référence topographique (nom de rue ou de lieu).


          La proportion est de 90% d'hommes pour 10% de femmes: c'est un travail évidemment plutôt pénible et qui peut comporter certains dangers (agression pour vol notamment, surtout la nuit).

       Comme beaucoup de migrants installés à Pattaya, ils viennent des provinces du nord et du nord-est. Ils doivent payer (à un «responsable» de secteur) des droits de prise en charge qui vont de huit cents à trois mille bahts par mois, suivant l'importance stratégique et l'achalandage de la station de départ qui leur est assignée et qui leur sert de base.


          En outre, certains postes clés comme le Tony's ou la gare routière (entre autres) donnent lieu à des ventes de «concessions» qui s'échelonnent parfois entre cinquante et cent mille bahts, mais, en échange, ces privilégiés peuvent compter sur un revenu mensuel moyen allant jusqu'à plus de dix mille bahts (pour 10 à 12 heures de labeur quotidien, faut-il préciser).

          Leur clientèle est constituée de 75% de thaïs et de 25% de farangs. Ceci pour plusieurs raisons: les occidentaux ne détestent pas la marche à pied, par contre, à tort ou a raison, ils ont peur des accidents et pour les longues distances ils préfèrent les «bétaillères» (baht-bus ou song-thèow), plus sûres et… moins chères.


        Les thaïs ne paient pas leurs services forcément moins cher que les farangs, mais ce ne sont pas de grands marcheurs et un déplacement en mototaxi fait partie des petits extra qu'ils aiment bien s'offrir et puis c'est bon pour leur statut social.

          Les moteusaï-taxis sont polyvalents: on les envoie entre autres payer les factures (téléphone, eau, électricité, etc., et ils font donc la queue à votre place!), porter un colis à la poste ou récupérer les enfants à l'école (pour un forfait mensuel).


          Comme ils voient tout, on dit que la police fait régulièrement appel à leur témoignage pour faciliter les enquêtes sur le terrain.

          Imaginez tout ce à quoi ils assistent au quotidien: délits et trafics en tous genres, rendez-vous extraconjugaux, manèges suspects…

          C'est qu'il s'en passe des choses dans la jungle urbaine! Mais si certains sont des informateurs, tous ne sont pas délateurs pour autant et ils se fichent bien souvent de savoir si leur client aux yeux écarquillés va s'acheter sa «dose» quotidienne, du moment que leur course est payée.

          On les voit parfois ramener des passagers ivre-morts qui s'agrippent à leurs épaules comme un naufragé à une bouée dans une mer déchaînée.


          Ces p'tits gars discrets et bien sympathiques font souvent preuve d'une grande solidarité, notamment si vous avez un problème avec votre propre motocyclette, vous pouvez compter sur leur aide tout à fait désintéressée.

          Pour eux la solidarité entre motards n'est pas un vain mot et certains farangs pourraient bien prendre exemple sur eux.

Raymond Vergé


* Le nom vient de l'anglais «motorcycle»; la consonne finale «cle» est rendue muette par une règle phonétique qui s'applique d'abord aux mots venus du sanskrit et du pali (anciennes langues savantes et religieuses de l'Inde), puis à l'anglais et par extension à toutes les langues étrangères.




Article ajouté le 2008-03-30 , consulté 132 fois

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