TINTIN EN THAILANDE: FIN DE LA SAGA


COUVERTURE DE L'ÉDITION ORIGINALE
"Ziedaneky" peut se traduire par: "Regarde-moi ça!"
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Rencontre en Thaïlande avec Baudouin de Duve, l'auteur d'une parodie de Hergé, qui se trouve lui-même propulsé dans une histoire encore plus rocambolesque que le récit qu'il a imaginé. L'affaire «Tintin en Thaïlande» ou quand la réalité dépasse la fiction. Textes: Matthieu Burdet Photos: Thierry Falise [lematin.ch - 2001]


Cette histoire, les Dupont en font des cauchemars. Ils ne l'avaient pas vue venir. Nous dirions même plus, elle les a dépassés. Imaginez une intrigue qui emmène des mercenaires, des escrocs, des policiers et des maîtres chanteurs dans les quartiers chauds de Bangkok, aux portes du Triangle d'Or, jusqu'au coeur d'une banlieue cossue d'Anvers.

Ce n'est pas la trame de la BD imaginée par Baudouin de Duve, c'est la réalité qui frappe ce Belge 100% pur malt. Ce qu'il faut bien appeler l'affaire «Tintin en Thaïlande» avait pourtant commencé par une plaisanterie...

Baudouin de Duve trimbale ses airs de pince-sans-rire à Chiangmai (nord de la Thaïlande) depuis une douzaine d'années. Enfant terrible d'une bonne famille francophone d'Anvers, ce quinquagénaire à la silhouette dégingandée n'a jamais vraiment grandi. Des «Buck Dany» de son enfance, il a gardé la passion des avions. Dès qu'il a quelques bahts de côté, il s'en va survoler les collines du Nord thaïlandais avec Chris, son vieux pote pilote anglais. Là-haut, il rêve. Sur terre, il peint, dessine, écrit (à la main seulement), compose, mais, comme tout bon créateur un peu maudit, il n'a pas le don de se vendre. Le riz frit et la soupe aux nouilles, il se les paie donc en se faisant tour à tour accompagnateur touristique, professeur de vidéo, reporter ou antiquaire.

Un soir de 1996 à Chiangmai, lors d'une de ces soirées avec des amis francophones qu'il s'amuse souvent à croquer sur des cartons à bière, il annonce: «On va se marrer une fois.» Ah, si seulement il avait su!...


Profond respect pour Hergé

Une feuille de papier, un feutre noir et des idées à la louche, ainsi naît la première planche de «Tintin en Thaïlande», sous le pseudonyme de Bud E. Weiser, clin d'oeil à la célèbre marque de cervoise américaine.

«Au départ, raconte-t-il, je n'avais pas l'idée de faire un album, juste quelques planches pour des amis.»

L'histoire, c'est celle de Tintin, Haddock et Tournesol envoyés en mission en Thaïlande par Mme Lampion à la recherche de son époux, Séraphin, l'impayable agent d'assurances, modèle du beauf pot de colle, qui a disparu avec une beauté locale lors d'un voyage d'affaires. Sous le fond de teint et le rimmel, la «beauté» se révélera un bien peu attirant katoey (travesti)... Mais, chut, n'en révélons point trop!

La Thaïlande, ses bars (dont un géré par le général Alcazar) et ses salons de massage... Il était tentant pour de Duve de sombrer dans la satire pornographique. Sa réussite est d'être resté dans les limites plus subtiles de la grivoiserie, tout en respectant à la bulle près l'esprit des héros de Hergé.

«J'ai un profond respect pour Hergé et son oeuvre, mon idée a toujours été de réaliser une parodie pour faire rire les copains», insiste-t-il. Preuve de sa vénération, il va modifier le scénario en cours de route à la suite d'un triste événement. Alors qu'il vient de terminer une planche où l'on devine Tchang, le petit Chinois ami de Tintin, il apprend le décès du vrai Tchang. «Très triste, j'ai changé l'histoire en disant que cet épisode était une carabistouille (invention) racontée par un jeune Thaï mythomane qui se faisait passer pour Tchang.»

Un autre événement dramatique va interrompre la réalisation de l'album. En septembre 1996, alors qu'il vient de terminer la page 9, le Belge apprend le décès inopiné de son fils de 20 ans, qui devait lui rendre visite en Thaïlande. «Tout s'est écroulé. Pendant un an, je n'ai plus rien fait.»

En 1999, lorsque les 60 planches de l'album sont terminées, Bud E. Weiser fait imprimer un millier d'albums, «pour distribuer à mes copains». Déjà l'oeuvre commence à lui échapper. Dans les milieux francophones de Bangkok, ses planches circulent par fax et e-mail...


Pillage organisé

Le pillage organisé apparaît sous le visage de deux frères, des anciens mercenaires français qui eurent leurs heures et horreurs de gloire en Birmanie, au Laos, en Bosnie et sous d'autres latitudes agitées. Les deux barbouzes à la retraite, qui traînent leur ennui en Thaïlande, ont flairé le bon coup. Ils offrent au papa de «Tintin en Thaïlande» la biographie de l'un d'eux en échange d'un album original. Ensuite, prétendant partout qu'ils ont racheté les droits exclusifs de cette parodie, ils la font scanner et en impriment quelques milliers d'exemplaires.

Des patrons de restaurants et de bars de Bangkok et de Pattaya les vendent sous le comptoir, de 300 à 1000 bahts (de 11 fr. à 38 fr.). «J'étais choqué, raconte de Duve, je trouvais minable que quelqu'un de la petite communauté francophone de Thaïlande me fasse un coup pareil.»

Un des frères pirates va même faire le tour des librairies de Paris. Les pillards eux-mêmes se révèlent de piètres gérants. Le cadet, endetté, revend les «pseudo-droits» à un autre Français, propriétaire d'un petit groupe de presse à Pattaya, qui décuple le tirage.

D'autres encore ne s'embarrassent pas de «droits» et piratent à leur tour les pirates. Le patron britannique d'un bar de Soi Nana, histoire d'ajouter un peu de beurre aux juteux épinards que lui rapporte déjà son parterre d'hôtesses, fait traduire et publier le livre en anglais, «mais sans rien comprendre aux jeux de mots originaux».

L'album peut aussi être téléchargé sur Internet, contre 9.95 dollars (16 fr.). D'autres sites mettent aux enchères cet ouvrage «rare pour lequel il n'y aura pas de réédition». A l'occasion, «Tintin en Thaïlande» joue même un rôle diplomatique... «Un membre de l'ambassade de Belgique à Bangkok le distribuait en cadeau à certains de ses visiteurs», rapporte un témoin.


Traité comme un bandit

A la fin de l'an 2000, de Duve, lassé par la tournure des événements, revient s'installer à Anvers, où il veut tout oublier. Mais, un soir hivernal de février 2001, deux policiers armés débarquent chez lui. Comme s'ils recherchaient un trafiquant de drogue ou un tueur en série, ils retournent les matelas, ouvrent les tiroirs, sondent les faux plafonds. Les pandores saisissent le stock restant de 650 copies et 45 planches originales.

«Ils m'accusaient d'être l'auteur d'une contrefaçon. Je leur ai répondu que jamais je n'avais signé Hergé et prétendu qu'il s'agissait d'un vrai «Tintin», que tout ce que j'avais réalisé était une parodie.»

Quelques mois auparavant, Snackaert, ancien représentant en Thaïlande de la maison Moulinsart, qui édite et détient les droits de Tintin, avait en effet prévenu son employeur de l'existence de l'album. «Moulinsart avait trouvé cela très grave, car un album conçu comme tel (je rappelle qu'il n'y a que 23 albums officiels de Tintin, pas un de plus), cela touchait directement à l'essence, au coeur du personnage.»

Le lendemain, «psychologiquement écrasé» par l'incident («Imaginez, j'étais dans le journal à la même page que Dutroux!»), de Duve se rend au Parquet de Bruxelles. L'inspecteur en chef, «plutôt sympa», lui explique que ses hommes ont obtenu son adresse par deux apprentis escrocs qui tentaient de faire chanter Moulinsart, en promettant de révéler le nom de l'auteur de «Tintin en Thaïlande» contre un million de francs belges!

Dans les couloirs du parquet, de Duve constate que «beaucoup de policiers sont en train de lire «Tintin en Thaïlande». L'un d'eux me demande si j'ai un exemplaire à dédicacer. Je lui dis que je n'en ai plus. Il me répond: «C'est pas grave, moi, j'en ai»... Aujourd'hui, l'affaire est aux mains des avocats. Les héritiers de Tintin sont réputés pour le zèle extrême, l'intégrisme, disent certains, avec lequel ils protègent l'exploitation commerciale et l'image de leur héros...



«Tintin en Thaïlande»: les pirates pris au filet

BELGIQUE • La police du Plat Pays a arrêté les pirates et mis la main sur un important stock de cet album satirique et illégal, signé par un certain Bud E. Weyzer

Plusieurs centaines d'exemplaires d'un album de bande dessinée faux et satirique, intitulé «Tintin en Thaïlande», ont été saisis le week-end dernier en Belgique, a-t-on appris hier auprès du Parquet de Bruxelles.

Dans cet album, signé d'un certain Bud E, Weyzer et publié aux fantaisistes Éditions Syldavie, le célèbre petit reporter belge fréquente un bar thaïlandais gay, tandis que son ami Tchang se fait sodomiser par le yeti et que son chien, Milou, fait de même avec un chat siamois. A l'origine de cette découverte, la cellule contre-façon-piraterie de la police fédérale belge avait appris en janvier de la société Moulinsart, gestionnaire des droits liés au héros de Hergé, qu'un stock de BD «Tintin en Thaïlande» était proposé à la vente. Se faisant passer pour des acheteurs potentiels, les policiers ont interpellé deux hommes et saisi 560 exemplaires de l'album à Tournai (sud), puis ont obtenu les aveux de l'auteur, à Anvers (nord).

Auteurs relaxés

Les trois hommes ont été relaxés après leurs aveux. Ils avaient fait imprimer mille albums pirates en Thaïlande, et chacun se monnayait en Belgique entre 1000 et 1300 francs belges (environ 45 francs).

Le dessinateur avait pris soin de numéroter dix séries de 1 à 100, pour invoquer le fait de n'en avoir imprimé qu'une petite quantité en cas de problème avec la société Moulinsart. Selon la police belge, les pirates ont eux-mêmes été piratés en Thaïlande, où les imprimeur ont réalisé à leur insu des versions française et anglaise tirée à des milliers d'exemplaires.  – (Le Matin/afp)

 

Légende: Cette lectrice thaïlandaise possède désormais entre ses mains un «collector» (Matthieu Burdet)


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Tintin en Thaïlande!
L'histoire d'une excellente parodie...

bien vite piratée dans le dos de l'auteur!

(Gavroche - 2001)

La Thaïlande est un pays touristique que les occidentaux visitent, d'une part pour sa culture et ses monuments, et d'autre part pour ses vies nocturnes et ses cabarets "chaleureux". Tintin et sa bande ont décidé de perfectionner leurs connaissances sur le second point! En fait, nos bons amis partent à la recherche de Monsieur Lampion qui ne donne plus de nouvelles à sa chère épouse. Le voyage et les recherches sont totalement financés par Madame Lampion! Nestor reste au château pour s'occuper de Madame Lampion. (Héhé! sacré Nestor!). Mais il finira par rejoindre tout le monde au pays des plaisirs faciles! Car toute la famille de Tintin est réunie!...


Superbe parodie! Indispensable et incontournable pour un amateur de parodie!!

Ce "Tintin en Thaïlande", véritable "star" dans les rues de Bangkok semble connaître une carrière bien mouvementée... malheureusement sur le dos de son auteur! Une histoire de trahison digne d'un scénario de polar! L'auteur, un journaliste Belge grand fan de Tintin, porte pour la circonstance un nom bien évocateur: Bud E. Weyser (pour ceux qui l'ignore ce nom imite le nom de la célèbre marque de bière US).

Il a passé près de quatre ans à construire ce récit de 60 pages qu'il a réalisé pour ses amis de la communauté francophone de Chiang Mai.

D'ailleurs, on retrouve sous les traits de certains personnages des tenanciers d'établissements connus. Seuls les initiés ou les gens "informés" peuvent percevoir toutes les subtilités sous-jacentes de certains passages.

En sortant à peu d'exemplaires sa parodie, Bud a agi par amitié et de manière désintéressée... Mais nous sommes en Thaïlande et les "affaires" ne sont pas toujours très claires! Son récit va vite être piraté…

Quelles différences entre l'original et les pirates ?
1 - le dessin de couverture sur l'original est une étiquette
2 - Sur l'original, à l'intérieur des couvertures il y a les brouillons des pages 31 et 32
3 - A la page 26 de l'original l'auteur a signé et numéroté l'exemplaire avec le cachet "Ban Chiang Kham Mien"
4- Il n'y a pas de version anglaise réalisée par Bud!

C'est grâce à Pierre Paccaud, journaliste Suisse en poste à Bangkok, que j'ai pu ramasser mes premières informations en septembre 2000. Il préparait alors un article complet sur cette parodie destinée au "supplément Culture et services" du journal Suisse "Le Matin". Dans cet article, publié le 26-09-2000, plusieurs journalistes passent en revue une partie de l'histoire de cette étonnante parodie que le "tout Bangkok" s'arrache...

Et pour la première fois en Europe le "Tintin en Thaïlande" apparaît "en grand" dans la presse francophone... On apprend dans cet article qu'un ancien mercenaire étranger va utiliser la maquette originale pour la tirer à 1200 exemplaires en français et en anglais sans demander l'autorisation au créateur belge! Mais on verra ci-dessous que ces infos sur le mercenaire sont incomplètes...

En effet, Rak Thai, un ami de Bud E. Weyser, m'a donné des éclaircissements et surtout l'interview de Bud au magazine "Chang Puak" d'Août 2000. Ainsi, il nous explique comment il a été roulé par ce mercenaire qui a volé son remarquable boulot! Tout d'abord le mercenaire en question est un français bien connu paraît-il en Thaïlande. Il n'agit pas tout seul, ils sont plusieurs dans cette opération de piratage. Ils n'ont pas volé la maquette originale mais il ont tout simplement scanné l'album original... en prétendant avoir racheté les droits à Bud. Le "pirate" a au passage réalisé une mauvaise traduction en anglais... qui dénature totalement le récit d'origine. La communauté anglophone étant plus importante, l'éditeur pirate a reniflé une belle affaire commerciale! Bref, Bud peut à juste titre crier au scandale!

Extraits : "... Je suis très vexé d'avoir été roulé par des français! On vit à 10000 Km de chez nous, alors on devrait s'entraider, pas se tirer dans le dos. Le comble c'est que ces messieurs esquissent des menaces quand on ose faire allusion à leur indélicatesse. C'est vraiment le monde à l'envers. En attendant ils ont volé "mon" Tintin pour en faire une exploitation commerciale!"

Récemment en février 2001 les évènements ont pris une nouvelle tournure. La société Moulinsart a demandé (?) à la police Belge d'intervenir auprès de Bud qui venait de débarquer en Belgique. Plusieurs albums on été saisis et la presse francophone a relaté cette arrestation à partir d'une dépêche plus flatteuse de l'AFP qui présentait Bud comme un vilain bandit!

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La Thaïlande et la Belgique se concertent

pour mettre fin au piratage

Bangkok Post, 17 février 2001 (par Saritdet Marukatat)

"Tintin" n'a pas été évoqué pendant les pourparlers d'accords commerciaux, mais un haut fonctionnaire du ministère belge des Affaires Étrangères a déclaré hier que les contrefaçons de produits portant l'effigie du célèbre personnage de bande dessinée montraient la nécessité d'éradiquer la fraude sur les droits d'auteur. Hubert Cooreman, porte-parole du ministère belge, a poursuivi en disant que ce qui se passait actuellement en Thaïlande relève de l'intervention de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) pour lutter contre les infractions sur les droits de reproduction mais que le cas des produits "Tintin" contrefaits n'a pas fait partie des discussions qui ont pris fin hier entre les responsables thaïlandais et la mission économique belge pilotée par le Prince Philippe, héritier de la couronne.

Des copies de T-shirts "Tintin" sont vendues ouvertement à Bangkok dans des stands de quartiers principalement fréquentés par les étrangers, y compris en face de l'hôtel où le prince et son entourage sont descendus, en plein centre ville. Le week-end dernier, les autorités belges ont saisi 650 copies de l'album piraté "Tintin en Thaïlande" racontant les "sexcapades" du héros belge et de son chien Milou en virée à Bangkok. M. Cooreman a même qualifié le livre de "dégoûtant". Annemie Neyts-Uyttebroeck, ministre belge des Affaires Étrangères, s'adressant à la presse, a expliqué que "Tintin" était une gloire nationale et que son pays n'appréciait pas de le voir ainsi représenté dans l'album incriminé.

Le prince Philippe a expliqué que la mission économique avait réussi à faire de la Belgique un interlocuteur important pour la Thaïlande au moment où le pays sortait à peine de la récession. "Nous avons atteint notre but" a-t-il déclaré. Melle Neyts-Uyttebroeck est persuadée que la Thaïlande sera un "partenaire de choix" pour la Belgique lorsque celle-ci assumera la présidence tournante de l'Union Européenne, succèdant à la Suède en juillet prochain et tentera de promouvoir les liens entre le groupe européen des 15 et l'ASEAN (Association des Etats d'Asie du Sud-Est).

Bangkok Post, 28 février 2001

Pendant que leur prince héritier était en visite officielle en Thaïlande, des policiers lourdement armés ont fait de Bruxelles-la-morne le théâtre d'une des plus passionnantes batailles contre le piratage; ils ont pris des mesures sévères à l'encontre de l'album satirique "Tintin en Thaïlande", dans lequel le vaillant reporter fréquente (sans aucune équivoque) les bars gays de Bangkok, en compagnie de son chien Milou, ce qui n'a pas eu l'heur de plaire aux belges; quand elles en ont eu terminé avec cette mission périlleuse, les forces de l'ordre de l'ancienne puissance coloniale (qui faisait et défaisait les chefs d'états africains et avait sa place dans le commerce mondial) ont ensuite perquisitionné le domicile de trois cyber-pirates soupçonnés d'avoir copié, via Napster, des morceaux de musique sur leur disque dur.

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La mission économique belge n'a pas aimé "Tintin en Thailande"

BANGKOK, 17 fév 2001 (AFP) - La mission économique belge qui a visité cette semaine Bangkok n'a guère goûté un album pirate de Tintin, "Tintin en Thaïlande", un pastiche licencieux que l'on trouve sous le manteau dans la capitale. "Nous ne pouvons pas tolérer qu'un de nos héros de bandes dessinées les plus célèbres soit exploité d'une telle façon", a estimé la dirigeante de la délégation Mme Annemie Neyts, le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères. "Nous trouvons ça absolument déplorable", a-t-elle dit avant de quitter Bangkok vendredi. Son porte-parole, Hubert Cooreman, a aussi qualifié la bande dessinée satirique de "dégoûtante et insultante". "C'est complètement illégal. Une violation de la législation sur la propriété intellectuelle", a-t-il ajouté.

Plusieurs centaines d'exemplaires de "Tintin en Thaïlande" ont été saisis le week-end dernier en Belgique. Dans cet album, signé d'un certain Bud E. Weyzer et publié aux fantaisistes éditions Syldavie, le célèbre petit reporter belge fréquente un bar thaïlandais gay, tandis que son ami Tchang se fait sodomiser par le Yeti et que son chien Milou fait de même avec un chat siamois.

A l'origine de cette découverte, la cellule contrefaçon-piraterie de la police fédérale belge avait appris en janvier de la société Moulinsart, gestionnaire des droits liés au héros d'Hergé, qu'un stock de BD "Tintin en Thaïlande" était proposé à la vente. Se faisant passer pour des acheteurs potentiels, les policiers ont interpellé deux hommes et saisi 550 exemplaires de l'album à Tournai (sud), puis ont obtenu les aveux de l'auteur, à Anvers (nord). Les trois hommes ont été relaxés après leurs aveux, selon le parquet. Ils avaient fait imprimer mille albums pirates en Thaïlande et chacun se monnayait en Belgique entre 1.000 et 1.300 francs belges (de 24,8 à 32,2 euros). Le dessinateur avait pris soin de numéroter dix séries de 1 à 100, pour invoquer le fait de n'en avoir imprimé qu'une petite quantité en cas de problème avec la société Moulinsart.

Selon la police belge, les pirates ont eux-mêmes été piratés en Thaïlande, où les imprimeurs ont réalisé à leur insu des versions française et anglaise tirées à des milliers d'exemplaires. De fait, on peut dénicher des photocopies de "Tintin en Thaïlande" pour 300 bahts (7 dollars) dans quelques bars et restaurants de Bangkok. Au cours de leur visite, les membres de la délégation belge n'ont pas pu ne pas voir les faux T-shirts de Tintin en vente libre à côté des hôtels et dans à peu près toutes les échoppes des sites touristiques de la capitale. La Thaïlande est régulièrement au banc des pays asiatiques accusés de laxisme dans la protection de la propriété intellectuelle. La délégation belge, présidée par le prince héritier Philippe de Belgique, a bouclé vendredi à Bangkok une mission d'une semaine afin de "renforcer les liens économiques et commerciaux bilatéraux".

Elle a eu des entretiens avec le Premier ministre sortant Chuan Leekpai, son ministre des Affaires étrangères Surin Pitsuwan ainsi que le ministre du Commerce Supachai Panitchpakdi, prochain directeur-général de l'OMC en 2002. Les deux pays ont signé un accord de promotion et de protection des investissements. Une prise de participation du géant Tractebel dans une future centrale électrique a été finalisée et un magasin de la chaîne de grande distribution Delhaize a été inauguré.

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7/4/2009  "Tintin en Thaïlande" n'est pas de la contrefaçon

Tintin en Thaïlande : fin !

Ce n'était pas de la contrefaçon, mais du pastiche : 650 albums saisis en 2001 restitués

BRUXELLES (Gilbert Dupont)

650 Tintin en Thaïlande, l'"album inconnu de Tintin", saisis en 2001 pour contrefaçon par le parquet de Bruxelles, ont été restitués à l'auteur, le Belge Baudouin D. qui les avait signés Bud E. Weyser, et l'affaire a été clôturée, sans poursuite judiciaire ni condamnation.

La sortie de ce Tintin en Thaïlande avait fait scandale: en plein voyage officiel à Bangkok, Annemie Neyts secrétaire d'État aux Affaires étrangères s'était dit "choquée". L'album figure à présent dans l'encyclopédie en ligne Wikipedia !

Selon nos infos, l'auteur a finalement pu faire prévaloir auprès du parquet que le procédé ne relevait pas du faux, mais de la parodie et du pastiche "ne dépassant pas les usages honnêtes". La SA Moulinsart, qui défend les droits afférant à l'oeuvre de Hergé, n'a pas insisté en se constituant partie civile.

À un moment, SA Moulinsart avait craint à une tentative d'extorsion et de chantage. Pour faire la lumière, les enquêteurs n'avaient pas hésité à recourir à des procédés, comme celui du pseudo-achat, qu'ils utilisent pour piéger les trafiquants de drogue. L'enquête avait abouti à l'interpellation de trois suspects et la saisie d'un stock de 650 albums à Tournai sous des escaliers d'une habitation.

Parus aux Éditions Syldavie, les albums étaient tous numérotés de 1 à 100.

Ce que Wikipedia ne précise pas, c'est que l'album a une histoire. Baudouin l'a conçu et dessiné après la perte d'un proche. Il fut pour lui une façon d'atténuer un deuil.

Un imprimeur de Bangkok, Farang, avait proposé d'en tirer 1.000 copies dont quelques-unes furent écoulées (entre 25 et 35 euros) pour couvrir les frais. À l'insu du Belge, l'imprimeur en avait tiré deux nouvelles versions française et anglaise de meilleure qualité, et de plusieurs milliers d'albums, qui par contre furent vendues.

L'histoire ? Comme Tintin et le capitaine Haddock s'ennuient à Moulinsart après la mort de Hergé, la femme de Séraphin Lampion leur demande de retrouver son mari disparu en Thaïlande. En compagnie du professeur Tournesol et Milou, nos héros s'envolent pour le Siam. Et c'est parti pour un choc culturel. Le résultat est assez irrespectueux et un peu sexuel. Mais Stéphane Steeman, tintinophile notoire, ne voyait pas en quoi Tintin en Thaïlande pouvait choquer.

SA Moulinsart contactée par nos soins ne faisait aucun commentaire. Le parquet de Bruxelles a également autorisé la restitution des planches originales.


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COUVERTURE DE LA COPIE

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RIEN A VOIR AVEC CE QUI PRÉCÈDE:


Tintin'à bulles (comme le son de la caisse enregistreuse)


Plus vivant que jamais, l'illustre reporter (que l'on n'a jamais vu écrire une ligne!) fête en cette année 2004 ses 75 printemps et, vingt-et-un ans après la mort d'Hergé, il ne cesse de connaître de nouveaux avatars (mot sanskrit pour 'incarnation divine'). Le dernier en date, fruit d'une actualité… brûlante, s'intitule 'Tintin en Irak' et se vend un peu partout à Pattaya. Moins «original» (paradoxalement) que 'Tintin en Thaïlande' (savoureuse parodie, elle-même piratée), cet album de soixante-quatre pages est un véritable détournement alter-mondialiste constitué d'extraits de plusieurs albums du véritable Tintin, et qui raconte, avec beaucoup d'ironie, mais aussi de précision, les faits qui ont occupé les médias en 2003. Tous les aspects du conflit sont évoqués: les liens entre Bush et les compagnies pétrolières, les prétendues preuves apportées devant le Congrès et l'ONU, jusqu'au retour de l'antisémitisme. A lire pour l'humour décapant sur le cynisme de la realpolitik.


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Article ajouté le 2009-11-05 , consulté 13 fois

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