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Le Mékong, fleuve mythique et… malmené

Le Mékong, fleuve mythique et… malmené 


          Les mesures concernant la longueur du Mékong varient de 4 300 à 4 900 km. Cette approximation est due aux difficultés à localiser sa source exacte dans une région peu accessible. Alimenté par différents petits affluents, il se forme en Chine, dans la province de Qinghai, à la frontière nord-est du Tibet. Déjà, sur les hauts plateaux enneigés, les populations locales lui vouent un culte et le considèrent comme "le sang qui coule dans leurs veines". C'est vrai qu'il fait vivre près de 100 millions de personnes habitant sur ses rives.

          Car après avoir traversé la province du Yunnan (où il passe la moitié de sa vie, chutant de 5 000 à 500m d'altitude), il sert de frontière [sur 200 km] entre le Myanmar (ex-Birmanie) et le Laos où il fait ensuite une longue incursion en reliant Luang Prabhang à Vientiane, prend la tangente dans le triangle d'or, puis sépare le Laos et la Thaïlande sur 900 km, fait une nouvelle incursion dans le Laos méridional (Paksé, Champassak) et continue sa course au Cambodge en arrosant copieusement Phnom Penh, avant d'ouvrir les bras au Vietnam pour plonger dans la mer de Chine. Là-bas, on l'appelle Sông Cùu Long, la rivière des neufs dragons, du fait de ses neufs estuaires.


[Crédit photo: Philippe Viault]

          Au départ, pour les Tibétains, c'est le Dza-chu (eau de roche); pour les Yunnanais, le Lancang Jiang (le fleuve turbulent); en birman, thaï, lao et khmer (quatre langues sanskritisées), c'est le Mékong (Mae-Khongkha). Car c'est bien le Gange, ou Ma-Ganga (la déesse-mère/l'eau nourricière, chère aux hindous) qui lui a donné son nom, par transposition géographique et correspondance phonético-mythologique.


[Crédit photo: Mathias Coiffet]

          Or, malgré cette protection divine, il subit (naturellement ?) les conséquences de l'activité humaine: sans parler des mammifères aquatiques et des crocodiles, de nombreuses espèces de poissons sont en train de disparaître à cause des barrages, des digues, de la surpêche et de la pollution… On n'arrête pas le progrès!

Raymond Vergé

 
"Mekong Whisky" [Publicité de 1953]

VOIR LE DIAPORAMA
A la recherche de la source du Mékong

LIRE L'ARTICLE DE CIRCLE OF ASIA (sur lepetitjournal.com)
Lanjia: les tribus montagnardes vous accueillent sur le Mékong 

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Escapade au fil de l'eau dans le delta du Mékong

(Texte et photos: Emmanuelle Michel - Gavroche 183 – Janvier 2010)

Terre nourricière où se mêlent l'eau et la terre, le delta du Mékong est le cœur battant du Vietnam. Dix-sept millions d'habitants y vivent de l'agriculture et de la pêche. A seulement quelques heures d'Hô Chi Minh-Ville, un week-end permet une première approche du fleuve aux neuf dragons, entre vergers, canaux et logement chez l'habitant.


Cette église du marché de Cai Be rappelle qu'une
partie de la population du delta est chrétienne

          Au début, on croirait ne jamais en sortir. La circulation frénétique d'Hô Chi Minh-Ville, les deux-roues en pagaille, le vacarme assourdissant de la capitale économique du Vietnam. Mais à mesure que l'on descend la fameuse route n°1, qui relie le sud du pays à Hanoi dans le nord, les indices apparaissent, sous la forme de ramboutans, de longanes et de durians… En vente à la moindre station-service, ces fruits familiers de l'Asie du Sud-est annoncent l'arrivée sur la terre fertile du delta du Mékong. Bienvenue dans un monde d'eau et de lumière, de nuages et de mousson, de vergers et de rizières. Après avoir traversé la Chine, la Birmanie, le Laos, la Thaïlande et le Cambodge, le quatrième fleuve d'Asie termine sa course au Vietnam. Il s'y sépare en neuf branches, d'où son nom vietnamien de Cuu Long (neuf dragons).

           Après trois heures de route depuis Hô Chi Minh-Ville, le voyageur arrivé à Vinh Long ne prend pas immédiatement la mesure de l'endroit dans lequel il se trouve. Avec ses 150.000 habitants, la ville est davantage une plate-forme commerciale qu'un site d'intérêt touristique, mais constitue un bon point de départ pour découvrir la vie du delta. Pour cela, il suffit d'emprunter le bac qui fait la navette avec l'île d'An Binh, située juste en face. Quelques minutes de traversée des eaux boueuses remuées par un fort courant, puis les dizaines de motos qui se trouvaient sur le bac s'évanouissent comme par magie. Il faudra tout de même en enfourcher une pour rejoindre son logement. En route pour une petite randonnée sur une étroite passerelle bitumée, parsemée de petits ponts enjambant les « arroyos », ces multiples petits bras de rivières qui sillonnent l'île. Quelques insulaires prennent le frais sous les manguiers. Plusieurs d'entre eux ont aménagé leur maison pour y recevoir des visiteurs. 

          C'est le cas de Tam Ho, propriétaire d'un verger de deux hectares. Le vieux monsieur à la barbiche grise est désormais un peu en retrait, mais son fils ne manque pas d'accueillir les invités de la nuit avec une tasse de thé, des fruits du jardin et quelques mots d'anglais, très rarement parlé dans le coin. Avant le coucher du soleil, un petit tour dans le verger s'impose. Goyaves, pommes d'eau, papayes, et pomelos sont au rendez-vous. « En 1990, le gouvernement a décidé que les habitants de l'île devaient cultiver des fruits car le terrain était propice. Il est interdit d'y planter du riz », explique Mien, une jeune guide touristique. Les villageois s'en accommodent plutôt bien, les cultures fruitières étant nettement plus rentables à l'hectare que celle du riz. Les plaisirs d'un séjour sur An Binh passent aussi par la dégustation d'autres spécialités locales. Le poisson à oreilles d'éléphant, grillé et servi à la verticale, est un délice.


Le fleuve est un moyen rapide et économique pour transporter du riz

Au fil de l'eau

          Mais pour approcher vraiment le delta, il faut mettre le pied sur un bateau. Dès l'aube, une balade au fil de l'eau permet de prendre conscience de l'immensité du Mékong. Les habitants peignent des yeux cernés de rouge sur la proue de leurs bateaux, pour pouvoir mieux sonder les profondeurs du fleuve et en éviter les dangers. Si le riz ne pousse pas sur l'île d'An Binh, il reste la culture principale de la région. Véritable garde-manger du Vietnam, le delta du Mékong fournit à lui seul 16 millions de tonnes de riz chaque année, soit environ la moitié de la production totale du pays. Des bateaux chargés à ras bord de la précieuse céréale sillonnent le fleuve. Soufflé, le riz sert également à la confection de délicieux bonbons, spécialité de plusieurs villages autour de Vinh Long. Son écorce brune est utilisée comme combustible un peu partout à travers le delta.

          A l'aube, les bateaux de tous les paysans de la région convergent vers le marché de Cai Be, à environ une demi-heure de navigation de l'île d'An Binh. Chaque famille vient y vendre un produit unique. Les vendeurs annoncent la nature de leur cargaison à l'aide d'une perche sur laquelle ils accrochent un échantillon de leur marchandise, patate douce ou ramboutan par exemple. Le marché a beau attirer les touristes, aucune barque vendant des souvenirs ne vient gâcher le plaisir d'assister à un spectacle très local. En arrière-plan, une belle église gothique captera à coup sûr l'œil des photographes. La vision n'est pourtant pas si insolite que cela dans la région du delta, où de nombreuses églises parsèment les berges. 

          «La population des environs est à moitié chrétienne, à moitié bouddhiste», précise la guide. Les alentours de Vinh Long furent aussi le berceau d'une religion quelque peu insolite, dite de la «noix de coco». Fondée dans les années 1945-50 par un moine dont la légende dit qu'il se nourrissait exclusivement de ce fruit, cette secte était un mélange de christianisme et de bouddhisme appelé Tinh Do Cu Si. Le moine est décédé en 1990 et sa « religion » s'est éteinte en même temps que lui. Les environs d'An Binh peuvent aussi s'explorer agréablement à vélo, en espérant qu'une pluie diluvienne de mousson ne vienne pas dévier votre course. Le charme du delta passe aussi par là.

 

Comment s'y rendre ?

Depuis Hô Chi Minh-Ville, de nombreux bus font la liaison vers le Delta et vers Vinh Long. Les minibus express des compagnies privées sont les plus rapides. Attention au choix de la compagnie, certaines ont tendance à surcharger les véhicules. Le trajet prend environ 3h30.

Il est également possible de se rendre dans le Delta en tour organisé depuis Hô Chi Minh-Ville. De très nombreuses agences proposent des circuits, notamment au départ du quartier de Pham Ngu Lao, où se trouvent de nombreux hôtels bon marché.

Où dormir ?

L'île d'An Binh offre de nombreuses possibilités de logements chez l'habitant. Vous pouvez réserver en passant par l'Office du tourisme de Vinh Long (Cuu Long Tourist, 070 82 3616, www.cuulongtourist.net), ou bien directement auprès des habitants de l'île, dont certains possèdent quelques rudiments d'anglais.

Verger de Tam Ho (An Binh, village de Hoa Ninh) : 070 85 98 59.

 

info@caygyong.com

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Cliquer sur la photo pour accéder à un autre article d'Emmanuelle Michel:

Les barrages chinois soupçonnés d'aggraver la sécheresse du Mékong [05/04/2010]

Un couple de Cambodgiens traverse le Mékong près du village de Koh Touch,
à une vingtaine de kilomètres au nord de Phnom Penh, au Cambodge
 (AP/Heng Sinith).

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Au Laos, le niveau du Mékong inquiète les pêcheurs

VIENTIANE (AFP) - 04.04.2010 13:22

Phimmalang Sengphet regarde le misérable filet qu'il a ramené de sa pêche, et se lamente en montrant le niveau du fleuve Mékong, au plus bas depuis sa naissance, il y a 38 ans. "Nous voulons savoir pourquoi. C'est notre vie, pêcher des poissons et les vendre au marché".

Un enfant sur le lit asséché de la rivière Mékong dans les faubourgs de Ventiane, le 27 mars 2010

Phimmalang Sengphet regarde le misérable filet qu'il a ramené de sa pêche, et se lamente en montrant le niveau du fleuve Mékong, au plus bas depuis sa naissance, il y a 38 ans. "Nous voulons savoir pourquoi. C'est notre vie, pêcher des poissons et les vendre au marché".

AFP/Archives - Hoang Dinh Nam
Localisation des pays riverains du Mékong

Pour Pianporn Deetes, de l'organisation militante International Rivers, le bouleversement de l'écosystème de la rivière a commencé il y a dix ans avec les premiers barrages.

AFP - Patrice Deré

Phimmalang Sengphet regarde le misérable filet qu'il a ramené de sa pêche, et se lamente en montrant le niveau du fleuve Mékong, au plus bas depuis sa naissance, il y a 38 ans. "Nous voulons savoir pourquoi. C'est notre vie, pêcher des poissons et les vendre au marché".

Phimmalang affirme qu'il ne pêche même plus assez pour nourrir sa propre famille. L'an passé à la même époque, il rentrait chez lui avec ses dix kilos de poisson. Mais il s'estime heureux, en ce moment, d'en ramener la moitié.

Le fleuve, réputé le plus poissonneux du monde, est au plus bas depuis 50 ans à Vientiane, la silencieuse capitale du Laos.

"Nous n'avons pas la mer, nous n'avons que le Mékong pour l'eau et la nourriture, alors c'est très important pour nous", confirme Som Sirivath, une femme de 63 ans, en s'enfonçant dans l'eau jusqu'à la taille à la recherche de poisson.

Le problème ne se limite pas à cette région. Le nord de la Thaïlande, en amont, connaît aussi des niveaux historiquement bas. Et la Chine, plus au nord, souffre elle même d'une sécheresse terrible qui accable 24 millions de personnes.

"Je connais beaucoup de gens qui sont passés à l'agriculture parce qu'ils ne vivent plus de la pêche", s'alarme Niwat Roykaew, chef d'une organisation de protection de la nature à Chiang Rai, dans l'extrême nord de la Thaïlande.

Mais une fois le constat fait, les explications font débat. Des organisations environnementales accusent la Chine de contrarier la course du fleuve avec des barrages en série, qui assècheraient la source venue des hauteurs tibétaines.

Pour Pianporn Deetes, de l'organisation militante International Rivers, le bouleversement de l'écosystème de la rivière a commencé il y a dix ans avec les premiers barrages.

"Les habitants locaux ont vu leurs prises baisser et constaté la destruction des ressources aquatiques", affirmait-elle récemment lors d'un forum, estimant par ailleurs que les variations des flux, par delà la sécheresse, étaient clairement artificielles.

La Chine répond qu'aucune preuve n'étaye ses accusations, et se trouve confortée en ce sens par la Commission régionale du Mékong (MRC), une organisation de gestion du fleuve qui rassemble le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam.

En attendant de trouver un coupable, 60 millions de personnes sont concernées, qui se nourrissent chacune de 35 à 40 kilos de poissons par an, selon la MRC.

Au Laos, ajoute-t-elle, la population a compté "pendant des générations" sur la richesse des espèces animales du Mékong pour conserver un régime alimentaire à haute valeur en protéines, et qui est "étroitement imbriqué dans les rythmes saisonniers du fleuve".

Le niveau des eaux perturbe aussi l'existence même du poisson-chat du Mékong, espèce géante en danger depuis que ses rythmes de ponte et ses migrations ont été contrariés.

Le rapport du MRC appelle à la plus grande prudence quant à l'augmentation concomitante des barrages et de la population.

"Depuis cinq ans, des changements significatifs ont été constatés dans les ressources liées à l'eau et il est vraisemblable que cela continue, ce qui pourrait mettre en danger les moyens d'existence des populations", estime Hanne Bach, consultante pour l'organisation régionale.

A Hua Hin, dans le sud de la Thaïlande, les quatre pays de la zone et la Chine sont réunis en sommet dimanche et lundi pour débattre de cette question. Une action urgente et concertée est nécessaire "avant qu'il ne soit trop tard", assure Pianporn Deetes.

© 2010 AFP

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Frappés par une sécheresse historique, les habitants des pays riverains du Mékong se retrouvent dans une situation de plus en plus difficile. Le poisson et l'eau potable se font rares, et l'écosystème tout entier est en danger. Certains accusent la Chine d'être en partie responsable du problème, à cause des barrages hydroélectriques construits sur le bassin supérieur du fleuve
Lire aussi Un premier sommet de la commission du fleuve Mékong sous fond de crise écologique

Plusieurs millions de personnes sont concernés par la sécheresse sans précédent qui frappe le Mékong, et s'inquiètent de ne plus pouvoir vivre de la pêche (Photo Pierre Queffélec)

AFP - Un pêcheur amène son bateau sur les bords sablonneux du Mékong au Laos, afin d'inspecter son maigre butin. "Nous ne pouvons même pas attraper assez pour nous nourrir", déclare-t-il avec lassitude. L'an passé, à la même époque, cet homme de 38 ans arrivait à attraper plus de 10 kilos de poisson en une journée. Mais il s'estime heureux, en ce moment, de n'en ramener que la moitié. Il blâme un niveau de l'eau exceptionnellement bas, qu'il n'a jamais vu depuis sa naissance.
"Nous voulons savoir pourquoi. C'est notre vie, attraper du poisson et le vendre au marché. C'est notre travail de nourrir nos familles", dit-il alors qu'il retourne à son village situé à la périphérie de Vientiane. "Nous n'avons pas de mer au Laos, nous avons seulement le Mékong pour l'eau et la nourriture, c'est donc très important pour nous", déclare une autre villageoise de 63 ans, alors qu'elle patauge dans l'eau jusqu'à la taille à la recherche de son diner. La situation a alarmé les millions de personnes qui dépendent de ce qui est la plus importante source de poisson intérieure au monde, avec la prise d'environ 3,9 millions de tonnes par an, selon la Commission du fleuve Mékong (MRC). Dans le bassin supérieur du Mékong situé au sud-ouest de la Chine, plus de 24 millions de personnes sont à court d'eau potable suite à l'une des pires sécheresses depuis un siècle. En amont, le nord de la Thaïlande souffre également d'un faible niveau de l'eau record depuis 50 ans. "Je connais beaucoup de gens qui sont passés à l'agriculture car ils ne peuvent plus vivre des revenus générés par la pêche", explique Niwat Roykaew, chef d'un groupe local de préservation dans la province de Chiang Rai.

Les barrages chinois jugés responsables
Les causes de la diminution de l'espace navigable sont encore sujettes à un débat houleux, avec des activistes pointant du doigt les barrages hydroélectriques chinois qui, selon eux, acheminent l'eau loin du bassin supérieur du Mékong. Selon Pianporn Deetes, de l'organisation militante International Rivers, non seulement le niveau de l'eau chute, mais il "fluctue anormalement", et les perturbations de l'écosystème ont commencé après que la Chine a construit son premier barrage il y a un peu plus de dix ans. "La population locale a connu la perte de ses poissons et la destruction des ressources aquatiques", a récemment déclaré cette environnementaliste lors d'un forum à Bangkok. Avec une douzaine de projets de barrages en aval ainsi qu'en Chine, elle précise que les locaux "s'inquiètent des menaces qui pèsent sur l'écosystème, les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire". Mais les autorités chinoises insistent sur le fait qu'aucune preuve n'étaye ces accusations, et qu'un tel manque d'eau provient de la sécheresse qui sévit sur toute la région.

Un problème aux répercussions multiples
Quelles qu'en soit les raisons, le problème concerne plus de 60 millions de personnes qui vivent le long du Mékong et qui mangent chacun entre 30 et 40 kilogrammes de poisson chaque année, selon un rapport du MRC publié samedi. Les gens du sud-Laos, par exemple, ont compté durant des générations sur la diversité de la vie aquatique avec des régimes riches en protéines et ont des styles de vie "étroitement imbriqués avec le rythme saisonnier du fleuve", explique le rapport. De plus, le niveau anormalement bas de l'eau est en train de perturber les zones de pêche, suscitant des craintes sur des espèces déjà en danger comme le poisson-chat géant du Mékong qui peut peser jusqu'à 350 kilos, a déclaré le porte-parole du MRC, Amian Kean.
(http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) mardi 6 avril 2010

Un premier sommet de la Commission du fleuve Mékong sous fond de crise écologique
La sécheresse et le débat sur les barrages chinois ont dominé le sommet de la Commission du fleuve Mékong (MRC) en Thaïlande consacré à la gestion du fleuve, durant lequel sont réunis depuis dimanche les dirigeants du Laos, du Cambodge, du Vietnam et de la Thaïlande, ainsi que des ministres de Chine et de Birmanie. "Le fleuve Mékong est menacé par de sérieux problèmes venant à la fois de l'utilisation non viable de l'eau et du changement climatique", a averti le Premier ministre thaïlandais Abhisit Vejjajiva dans son discours d'ouverture, affirmant que le fleuve ne "survivrait pas" à une mauvaise gestion de ses ressources. Plusieurs points sont ressortis de ces deux journées de débats. Le Premier ministre laotien, Bouasone Bouphavanh, estime que le développement technologique est essentiel pour mettre une œuvre une stratégie viable sur le long terme. Pour le Premier ministre vietnamien, c'est avant tout une coopération plus étroite entre les quatre pays membres de la commission et ses partenaires qui pourra permettre de soutenir un développement sain du fleuve. Par ailleurs,
le ministère des Ressources hydrauliques chinois a accepté de fournir ses données hydrologiques du fleuve, recueillies par deux stations de contrôle établies dans la province du Yunnan, afin d'aider les pays en aval à prévenir la sécheresse au cours de la saison sèche. Ce sommet organisé à Hua Hin était le premier depuis la fondation de la Commission régionale du fleuve Mékong (MRC) en 1995.
(http://www.lepetitjournal.com/bangkok.htlm avec AFP) mardi 6 avril 2010

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Le Mékong, négligé, pourrait être le cœur économique d'Asie du Sud-Est

HANOI (AFP) - 20.08.2010

Les pays du bassin du Mékong, l'un des plus grands fleuves du monde, développent leurs réseaux de transport mais négligent le cours d'eau, a regretté vendredi à Hanoï le ministre cambodgien du Commerce, qui préconise de l'utiliser davantage pour le commerce.

Un bateau de pêcheur sur le fleuve Mékong, le 5 avril 2010 à Phnom Penh, au Cambodge

Les pays du bassin du Mékong, l'un des plus grands fleuves du monde, développent leurs réseaux de transport mais négligent le cours d'eau, a regretté vendredi à Hanoï le ministre cambodgien du Commerce, qui préconise de l'utiliser davantage pour le commerce.

AFP/Archives - Tang Chhin Sothy

"Nous avons oublié le coeur", a dit Cham Prasidh, en marge d'une réunion des pays du bassin et de la Banque asiatique de développement (BAD). "Nous devons développer ce coeur".

Le Mékong prend sa source dans le plateau du Tibet en Chine. Il traverse ou borde ensuite le Laos, la Birmanie, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam.

Le Mékong devrait être davantage utilisé dans le commerce, estime Cham Prasidh. La vie des populations vivant autour du cours d'eau devrait être améliorée et l'agriculture mise en valeur en respectant l'écosystème.

Plus de 300 millions de personnes vivent dans le bassin du Mékong. Développer le fleuve aiderait à désenclaver le Laos, un pays sans accès à la mer, pris entre la Chine, le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande et la Birmanie.

Pour l'instant, les pays du bassin du Mékong mettent l'accent sur le rail. Ce vendredi, ils entérinaient un plan pour connecter leurs chemins de fer, "première étape dans le développement et la mise en place d'un réseau ferroviaire intégré", selon Kunio Senga, responsable du département Asie du Sud-Est de la BAD.

Le projet prévoit un réseau reliant Bangkok à Phnom Penh, puis Ho Chi Minh-Ville (ex-Saïgon, sud du Vietnam), Hanoï et enfin Nanning et Kunming dans le sud de la Chine. Une cinquantaine de kilomètres de rails doivent être achevés pour relier Bangkok à Phnom Penh.

La construction des kilomètres manquants est estimée à 1,09 milliard de dollars (850 millions d'euros). Ce coût viendrait s'ajouter à sept autres milliards nécessaires à l'amélioration du réseau existant.

Ce projet ferroviaire est lui-même destiné à compléter le développement de "corridors économiques" autour de nouvelles liaisons routières, destinés à réduire la pauvreté régionale.

Le Laos, le Cambodge la Birmanie et le Vietnam sont les pays au revenu par habitant moyen le plus faible des dix pays de l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est (Asean). © 2010 AFP

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ENVIRONNEMENT – 67 nouvelles espèces de poissons découvertes dans le Mékong

 

67 nouvelles espèces de poissons ont été découvertes dans la rivière du Bas-Mékong, lors de la première phase d'une étude conduite sur cinq ans par une équipe de biologistes de Thaïlande, du Cambodge, du Laos et du Vietnam, rapportait lundi le Bangkok Post. Cette recherche, financée par la fondation japonaise pour l'environnement Nagao, a recensé en tout 540 espèces, dont 67 étaient inconnues et 21 attendaient toujours une identification. Le chercheur thaïlandais Wichian Magtoon a confié espérer "trouver encore plus d'espèces lors de la seconde phase de l'étude". De son côté, le scientifique de Nagao, Kenzo Utsugi, a même affirmé que plus de 1.000 espèces de poissons vivaient dans le fleuve du Mékong. Un autre volet de cette étude s'est penché sur le fleuve Chao Praya. D'après les premières conclusions, 216 espèces de poissons ont été recensés dans ce cours d'eau, et 4 attendaient toujours une identication, a détaillé le professeur de l'Université Kasetsart, Prachya Musikasinthorn.

P.B. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) jeudi 3 mars 2011

Lire aussi notre article du 20/07/10:
Des milliers de guêpes au secours des cultures de manioc
Notre article du 05/07/10:
Le buffle d'eau thaïlandais en voie de disparition

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http://www.novethic.fr/novethic/ecologie,ressources_naturelles,eau,le_mekong_menace_par_barrages,135440.jsp?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_content=novethicInfo&newsletter=ok


Le Mékong menacé par les barrages - Publié le 20-10-2011

Le Mékong est l'un des derniers grands fleuves épargnés par le développement. Plus pour longtemps. Une dizaine de projets de barrages sont à l'étude, qui menacent la biodiversité et la vie de 70 millions de personnes. Au Laos, la résistance s'organise.

Dans la torpeur du petit matin, le Mékong coule avec majesté. Les femmes y lavent leur linge, les enfants s'amusent dans ses eaux saumâtres. Seules quelques pirogues équipées de moteur hors-bord perturbent ce calme d'un autre âge. Pourtant, quelques kilomètres en amont, les couteaux sont tirés et des centaines de villageois sont prêts à se battre pour défendre leur Mékong, surnommé ici « la mère de tous les fleuves ».

En cause : un projet de barrage connu sous le nom de Xayaburi. Un ouvrage immense qui risque de troubler l'apparente sérénité de cette province pauvre du Nord du Laos.  Car ici le fleuve nourricier fait vivre des milliers de familles : pêche, agriculture, transport… La vie près du village de Houay Souy, où devrait être érigé ce barrage, coule au rythme du Mékong. « On nous a demandé de faire nos bagages et de partir, nous explique un vieil homme. Ils disent que nos maisons seront inondées par ce nouveau barrage et on nous promet de nous installer sur les hauteurs. Mais c'est trop loin du fleuve, soupire-t-il. Nous vivons tous de la pêche, alors comment allons-nous faire pour vivre? »

L'équivalent dix euros en guise de compensation

Des arguments qui ne devraient pas résister longtemps aux pelleteuses. C'est le promoteur thaïlandais CH. Karnchang qui se charge des travaux. L'entreprise refuse de nous faire visiter le site, consciente certainement du scandale qui entoure ce projet. Un villageois nous emmène cependant sur place. Après avoir remonté le fleuve et marché plusieurs kilomètres à travers une vallée verdoyante, nous voici sur le site de Xayaburi. Sur place, les travaux ont déjà commencé. Plusieurs dizaines de kilomètres de routes sont en travaux à travers la forêt. Des dizaines de villageois nous confirment avoir reçu l'équivalent de dix euros en guise de compensation et doivent plier bagages d'ici quelques semaines à peine. Les engins de terrassement portent tous le logo de CH. Karnchang et ne laissent guère de doute sur l'objectif de cette route d'une cinquantaine de kilomètres qui doit permettre d'accéder au site de construction du barrage.

La facture de ce projet monumental dépasse les 3 milliards d'euros. C'est le plus important du pays et le gouvernement laotien semble mettre les bouchées doubles. Ce barrage de 1260 MW devrait en effet exporter 95% de son électricité vers la Thaïlande voisine et faire entrer de précieuses devises au Laos, l'un des pays les plus pauvres du monde.

Plaintes du Cambodge et du Vietnam

Mais le scandale est ailleurs. Les travaux ont en effet commencé sans même le feu vert de la Commission du Mékong.

Car les villageois ne sont pas les seuls à s'opposer à ce projet de barrage. Si la Thaïlande évidemment est favorable, le Cambodge et le Vietnam ont officiellement déposé plainte auprès de la Commission du Mékong pour interdire la construction de Xayaburi. Cette organisation internationale regroupe les six pays riverains du fleuve et est censée gérer depuis 1995 les différents projets. Sur celui-ci elle vient d'émettre un avis défavorable – ce qui est extrêmement rare - et propose un moratoire de dix ans ! Le temps d'étudier en profondeur les conséquences sur l'écosystème. Vientiane pourrait décider de passer outre et poursuivre les travaux. Sur place, les villageois se préparent à faire de la résistance. « Pas question de voir notre vallée détruite », nous explique un habitant.

Il faut dire que les arguments qui inquiètent les opposants sont nombreux . Ils avancent la sécheresse record de ces derniers mois et un manque de variétés de poissons. L'écosystème est menacé et c'est toute la région qui est concernée. 70 millions de personnes vivent directement du Mékong.Même constat de l'autre côté de la frontière, au Cambodge. Om Savath, directeur de l'ONG Actions pour la Pêche mène la lutte pour défendre les pêcheurs cambodgiens, premières victimes de ces barrages. « Ces cinq dernières années, les rendements des pêcheurs ont baissé de plus de 50%. Il y a bien sûr la surpêche, la sécheresse ou encore la pollution qui peuvent expliquer cela. Moi je pense plutôt que la cause de tous ces problèmes ce sont les barrages ».

Car Xayaburi n'est que le sommet de l'iceberg. Le poste avancé d'une série de barrages qui menacent la vie du Mékong. Côté chinois il y a déjà le barrage de Manwan. Cet ouvrage de 1750 MW fut le premier construit sur le Mékong en 1993. Quatorze autres barrages devraient voir le jour. « Xayaburi est un symbole, nous explique Som San, un activiste thaïlandais. Si nous cédons aujourd'hui, ce sont des dizaines de barrages qui seront construits sur ce fleuve et ce sera une catastrophe pour l'écosystème. Le Mékong irrigue l'ensemble du continent. C'est un fleuve qui depuis des millénaires fait vivre des millions d'agriculteurs et de pêcheurs. Si les poissons venaient à disparaître et si le fleuve devait s'assécher encore davantage, que deviendront-ils ? ».

Des barrages servant surtout les intérêts chinois

Selon la légende, un dragon a dessiné le lit du Mékong qui s'étend sur près de 5000 km du Tibet au Vietnam. Aujourd'hui c'est un autre dragon, chinois celui-là, qui menace. « Tous ces pays riverains du Mékong ont des intérêts divergents. La Chine ne pense qu'à produire de l'électricité. Elle se fiche complètement des conséquences que peuvent avoir ces barrages sur les populations de ces pays. Que peuvent faire les petits pays du Sud-est de toute façon face à un géant comme la Chine ? », s'interroge, dépité, un fonctionnaire de cette Commission. Beaucoup doutent également de la véracité des rapports émis par cette Commission. Le moratoire sur Xayaburi masque en effet une série de rapports très conciliants quant aux intérêts chinois. Selon les experts de cette commission, les barrages chinois ne sont pas à l'origine de la sécheresse dans le bas Mékong. Ce que récusent de nombreuses ONG. « La Chine se trouve en amont de cette région d'Asie du Sud-est et elle est la source de nombreux fleuves comme le Mékong, explique un représentant d'International Rivers, une ONG spécialisée. Quand elle construit un barrage, elle régule le cours du fleuve et modifie les variations saisonnières. Son but est de produire de l'électricité et de réguler les crues au moment de la mousson. Mais les pays en aval voient les fleuves s'assécher et les stocks de poissons se réduire. En outre, les barrages bloquent les sédiments ce qui a un impact sur l'agriculture et la pêche en aval ».

La Chine met en cause pour sa part la fonte des glaciers de l'Himalaya et rappelle que ces barrages sont une source unique et irremplaçable d'énergie propre. Il faut dire que Pékin est un avocat féroce de la construction de barrage. Non seulement sur le Mékong mais aussi sur l'ensemble des grands fleuves asiatiques.De quoi apporter de l'eau au moulin des autorités laotiennes qui s'appuient aujourd'hui sur ces conclusions chinoises pour faire avancer leur projet. « Si la Chine construit des barrages sur le Mékong selon son bon-vouloir, alors pourquoi ne faisons nous pas de même ?, assure le professeur Somsavath, conseiller auprès du gouvernement laotien. Il y a deux poids deux mesures au niveau de la Commission du Mékong. Tout le monde a peur de la Chine alors on l'a laisse construire des dizaines de barrages sans rien dire. Nous en revanche, on nous refuse ce droit. Pourquoi ? Ce barrage est vital pour le pays. Il apporte de l'électricité à une province qui n'en a pas et l'impact sur l'environnement est limité au maximum ».

Un bras de fer s'est donc engagé autour de ces barrages du Mékong. Le Laos semble décidé à ne pas céder aux injonctions de la Commission et les travaux avancent dans la vallée de Houay Suy. « De toute façon qu'est-ce qu'on peut faire? se lamente un vieil homme. Si on refuse de partir ils vont envoyer des soldats ici. Ils vont nous prendre notre fleuve et notre vie. » Stéphane Pambrun, envoyé spécial à Houay Souy (Laos)

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vendredi 9 mars 2012

MEKONG – Petits barrages, mais grande menace pour la région

Alors que 11 projets de grands barrages hydroélectriques le long du Mékong ont provoqué l’ire d’écologistes et des populations locales, la construction future de 78 barrages plus petits et moins médiatisée devrait aussi avoir un impact dévastateur sur la biodiversité. Le plus grand espace de pêche du monde, dont des dizaines de millions d’hommes de la région sont dépendants, est menacé.

Le bassin du Mékong représente un foyer de 65 millions de personnes, dont environ les deux tiers dépendent de la pêche pour survivre (photo Pierre QUEFFELEC)

Onze grands barrages hydroélectriques doivent être développés le long du cours principal du Mékong, fleuve de 4.600 km de long qui traverse la Chine, le Birmanie, le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam. Ces projets, notamment de par leur taille, ont provoqué le mécontentement des populations locales, et des écologistes du monde entier, qui ont obtenu la suspension d'un barrage au Laos. Mais une étude internationale publiée lundi dans la revue scientifique nord-américaine PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) a montré que la construction de barrages sur des dizaines de petits affluents, sera "catastrophique" pour l'avenir de la région. "L'impact global de ces petitses structures sera supérieur à celui des principaux autres qui ont attiré toute l'attention internationale à ce jour, déclare Guy Ziv, chercheur de l'université de Stanford ayant participé à l’étude avec des scientifiques de l’université de Princeton, et de l'Institut de développement et de recherche de la pêche intérieure du Cambodge. Le bénéficiaire de la production sera le Laos, qui exportera de l’énergie vers la Thaïlande et le Vietnam, mais le Cambodge et le Vietnam vont perdre un gros pourcentage en terme de prises de poissons".

  

DESSIN - Commission du fleuve Mékong, par Stephff - 6 avril 2010

Le cartooniste Stephff nous fait partager son regard sur l’actualité thaïlandaise marquée ces jours-ci par le premier sommet de la Commission du fleuve Mékong qui s’est tenu le week-end dernier à Hua Hin, consacré à la gestion du fleuve qui connait actuellement son niveau le plus bas jamais observé depuis 50 ans et que certains imputent aux barrages chinois... Lire la suite

 

L’étude indique avoir "constaté que l'achèvement de 78 barrages sur les affluents, qui n'ont pas encore fait l'objet d'une analyse stratégique (ndlr: de la part des autorités), aura des répercussions dramatiques sur la biodiversité". Les chercheurs se sont concentrés particulièrement sur 27 des 78 barrages devant voir le jour sur les affluents, car ceux-ci, censés être construits entre 2015 et 2030, ont un avenir encore incertain. De plus, leur construction ne nécessite pas d'accord international, malgré le fait qu’elle aura sans doute une incidence sur les populations de pêcheurs dans les pays voisins.

 

Plus de 30 millions de personnes dépendent de la pêche dans la région

Plus précisément, quatre projets de barrages créeront les plus grandes pertes dans la biomasse, et notamment le barrage Bas Se San 2 au Cambodge, qui provoquera une chute de 9,3% du nombre de poissons. Les trois autres projets inquiétants, le Se Kong 3d, le Se Kong 3u, et le Se Kong 4 se trouvent au Laos. Ils entraîneraient des pertes allant de 0,75% à 2,3%. Si ces pourcentages peuvent paraître faibles, Guy Ziv estime qu'ils augmenteront rapidement dans le future. Et selon lui, la disparition de 1% des poissons du bassin correspond à la perte de 10.000 tonnes de nourriture. Plus d'un million de tonnes de poissons d'eau douce sont capturés chaque année dans les plaines inondables cambodgiennes et vietnamiennes. L'ensemble du bassin du Mékong représente un foyer de 65 millions de personnes, dont environ les deux tiers dépendent de la pêche pour survivre, rapportent les auteurs de l’étude. Ces derniers ont identifié un total de 877 espèces de poissons dans le bassin du Mékong, dont 103 verraient leur migration empêchée par le développement hydroélectrique. "Ce sont des dizaines de millions d’hommes pauvres de la région qui comptent sur ces poissons pour assurer leur subsistance, indique Guy Ziv. Ce sont eux qui seront les plus touchés par la baisse du nombre de prises".

(http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) Vendredi 9 mars 2012

 

BANGKOK

ENVIRONNEMENT - 126 nouvelles espèces identifiées et déjà menacées

126 nouvelles espèces tant animales que végétales ont été identifiées en 2011 dans la région formée par le bassin du Mékong qui rassemble Cambodge, Laos, Birmanie, Thaïlande, Vietnam et la province chinoise du Yunnan. Dominée par les espèces végétales, la liste inédite comprend 21 reptiles et 5 amphibiens. On y relève quelques curiosités comme cette grenouille qui chante ou sa cousine dont les yeux noirs et blancs évoquent le symbole du yin et du yang. À peine découvertes, ces espèces écopent du triste label "espèces menacées". Le Fonds mondial pour la nature discerne trois types de périls. La déforestation fragilise par exemple l'habitat d'une chauve-souris au museau conique découverte au Vietnam. Aussi nommé Belzébuth en raison de la toison noire qui la caractérise, ce petit mammifère dépend tout particulièrement de la forêt tropicale pour survivre or le WWF indique que 30 % des forêts ont disparu au cours des quarante dernières années dans le bassin du Mékong. D'autres espèces sont menacées par le braconnage comme un python à courte queue découvert en Birmanie. "Le braconnage qui alimente le commerce illégal des espèces protégées constitue une des plus grandes menaces pour de nombreuses espèces en Asie du Sud-est", indique Nick Cox, responsable du WWF pour la région du Mékong. Des activités humaines plus récentes hypothèquent la survie des 850 espèces de poissons recensées dans le Mékong dont la biodiversité n'est surpassée que par celle du fleuve Amazone. Le WWF dénonce le barrage de Xayaburi dont la construction a commencé le mois dernier en dépit des inquiétudes formulées par les militants écologistes. "Il constituera une barrière infranchissable pour de nombreuses espèces de poissons et annonce la décomposition de la vie sauvage que nous connaissons comme de celle qui reste à découvrir".


E.D. avec AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mercredi 19 décembre 2012

Lire aussi:
Notre article du 7 novembre 2012 En avant toute pour le barrage de Xayaburi malgré les oppositions
Notre article du 14 novembre 2012 600 cobras échappent à l'appétit de convives libidineux

 

BARRAGES HYDRAULIQUES - Un “coup d'État” sur le Mékong dénoncé

Sur les rives du Mékong, des pêcheurs thaïlandais attendent leur tour pour lâcher leur filet mais le poisson se fait rare. La faute aux barrages chinois, selon les défenseurs de l'environnement qui luttent contre un nouveau projet en aval, au Laos.

"Il y a des jours où j'attrape des poissons, d'autres jours où je n'en attrape aucun", lance Pat Chaiwong, 67 ans, un des 23 pêcheurs de cette communauté de Wiang Kaen, dans la province de Chiang Rai, dans le nord du royaume.
Cette journée lui a apporté quatre belles prises, en plus du menu fretin. Au coucher du soleil, un client vient faire son marché. Il repart avec un poisson attaché par la joue à une ficelle: 150 bahts (moins de 4 euros).
Le pêcheur ignore pourquoi il revient si souvent bredouille, mais ses collègues accusent les barrages construits par les Chinois en amont, dans le Yunnan, qui bouleversent le cycle naturel du fleuve.
"Avant, le niveau de l'eau montait (et baissait) selon les saisons", note Decha Chaiwong, 48 ans. Mais aujourd'hui, les vannes ont pris le pas sur la nature. "C'est pour ça que le nombre de poissons a diminué".
Et le pire est à venir, craignent les pêcheurs. Le barrage de Xayaburi, premier d'une série de onze sur la partie basse du Mékong, cristallise les craintes des 60 millions d'habitants dépendant du fleuve pour le transport ou l'alimentation.
"Les poissons ne pourront plus aller pondre", dénonce Niwat Roykaew, président du Réseau de conservation des ressources naturelles et de la culture, dans la province de Chiang Rai.
Une grande partie des quelque 200 espèces du bas Mékong remontent en effet le courant pour frayer. Une migration fluviale parmi les plus importantes du monde, selon la Commission régionale du Mékong (MRC).
Au sein de cet organisme consultatif qui réunit Laos, Thaïlande, Cambodge et Vietnam, Hanoï et Phnom Penh avaient soulevé des inquiétudes sur l'impact du barrage sur la pêche et les sédiments.
Mais le Laos, l'un des pays les plus pauvres du monde qui veut devenir la "pile de l'Asie du Sud-Est", a maintenu le cap pour lancer en novembre dernier la construction de la centrale hydroélectrique. D'une capacité de 1.285 mégawatts, elle devrait être terminée d'ici 2019.

"C'est un coup d'Etat contre le Mékong", s'emporte Niwat. "Nous nous battons parce que nous sommes des enfants du Mékong" qui fournit "tout ce dont nous avons besoin".
La Thaïlande doit en principe acheter la quasi-totalité de l'électricité produite. Son association a donc déposé un recours auprès de la justice du royaume pour stopper le projet de 3,5 milliards de dollars mené par le groupe thaïlandais CH Karnchang.
Ni ce dernier, ni l'entreprise publique Electricity Generating Authority of Thailand (EGAT) n'ont répondu aux sollicitations de l'AFP. La presse officielle laotienne répète pour sa part à l'envi que l'ouvrage a été redessiné pour répondre aux critiques.
"Il y a trois passages différents pour les poissons", confirme Hans Guttman, patron du secrétariat de la MRC.
Mais il n'est pas certain que tunnels, échelles à poissons et autres systèmes de passage des sédiments fonctionneront "sur des structures aussi grandes", reconnaît-il. Et d'admettre: "Xayaburi aura un impact direct".
Dans une étude publiée en 2011, la MRC notait qu'avec la construction des onze barrages sur le fleuve, au Laos et au Cambodge, et de plusieurs dizaines d'autres sur des affluents, la pêche pourrait baisser d'au moins 25% d'ici 2030.
Et si la Thaïlande devrait être la moins touchée, ses pêcheurs se battent "au nom du Mékong" et de ceux dans les pays voisins qui ne peuvent pas s'exprimer, souligne Pianporn Deetes, de l'ONG International Rivers.
D'autant que le fleuve, omniprésent dans les mythes et les rituels, est bien plus qu'un simple garde-manger. "De nombreuses traditions sont liées au fleuve, comme le Naga, le serpent géant qui vit dans le Mékong en tant qu'esprit protecteur", poursuit-elle.
"Mais si les barrages bloquent la rivière, le Naga ne pourra pas se déplacer d'amont en aval. Tout comme le poisson chat géant, vu également comme un protecteur".
Ce poisson, un des plus gros d'eau douce dans le monde, qui peut atteindre 3 mètres de long et 300 kilos, est déjà menacé par la surpêche. Il n'en resterait pas plus de 200, selon un récent rapport de WWF, qui craint son extinction.
Pat Chaiwong n'en a d'ailleurs pas vu la queue d'un depuis des années. "Je ne sais pas où ils sont, peut-être dans des grottes ou ailleurs".

AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) lundi 5 août 2013



01/06/2008
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