Musicothérapie

ou: karaok'est-ce que tu nous chantes-là?

Né au Japon au début des années 1980, le karaoké (*) a connu une extraordinaire popularité pendant la décennie suivante avec l'apparition des "karaoké bokkusu", ces petites boîtes entièrement insonorisées qui permettent aux Japonais de pousser la chansonnette entre amis et collègues.

L'espace étroit des boîtes et leur obscurité favorisent une certaine intimité. Les gens se sentent en sécurité et se laissent aller petit à petit (à leurs épanchements sentimentaux et vocaux).


La culture du karaoké, qui a essaimé en Asie, (et partout dans le monde!) serait le clone abâtardi d'une cérémonie traditionnelle au cours de laquelle les jeunes villageois se rassemblaient en groupe pour chanter, dans le but déclaré (à tue-tête) de trouver chaussure à leur pied (et de se marier!).

Selon le psychiatre japonais Masami Sakaue, spécialiste de la question, "Le karaoké est une forme de thérapie récréative qui agit sur l'humeur, donnant aux amateurs l'occasion de libérer leurs émotions et de satisfaire leurs pulsions narcissiques, tout en facilitant l'expression des sentiments grâce aux paroles des chansons".


[crédit photo: jan-clod]

 

Merci docteur, cela n'atténue pas la douleur, mais enfin je comprends mieux le mal dont je souffre. Car derrière chez moi, à Pattaya, devinez quoi qu'il y a? Un karaoké sous chapiteau (i.e. sans aucun mur anti-bruit).

Permettez-moi une circonvolution un peu gauloise: dans «Astérix légionnaire» (1967), le génial Goscinny fait dire à son héros (qui s'adresse à Obélix): «Plus les armées sont puissantes, plus la nourriture est mauvaise, ça maintient les guerriers de mauvaise humeur».

Puis Astérix goûte sa pitance de légionnaire, fait la moue et repousse son assiette en déclarant «Je ne pensais pas que l'armée romaine était aussi puissante!»

Pour ma part, je ne pensais pas qu'il y avait autant d'individus narcissiques refoulés en Thaïlande. A moins que ce ne soient toujours les mêmes qui reviennent régulièrement me hanter. Va savoir.


[crédit photo: jan-clod]

 

Je colmate tous les interstices des fenêtres pour tenter d'étouffer leurs décibels horripilants. Chaque soir, chaque nuit, et jusqu'au matin blême, ça barde un max, c'est de l'Assurancetourix intégral (Cacofonix, dans la version anglaise), le pire qu'on puisse imaginer en lisant les aventures d'Astérix.

La plupart [des karaokeurs] sont des femmes qui martyrisent systématiquement, délibérément, consciencieusement et en toute impunité, des chansons qui, au départ, étaient des hymnes à l'amour (i.e. tchaan rak theu, tchaan khit thung… Je t'aime, Je pense à toi…).

Les mecs se défoulent plutôt sur de prétentieuses parodies de hard-rock, ou bien sur de la country  sirupeuse, désespérante à souhait.

Je suis partagé entre la pitié (même s'ils ne s'en rendent pas vraiment compte, ces gens-là doivent être horriblement malheureux), et la haine pour des énergumènes (de supposés bouddhistes!) qui font preuve d'un tel manque de considération (i.e. khrengjay en thaï) pour les honnêtes citoyens qui n'aspirent qu'à pouvoir cogiter ou dormir sereinement après leur journée de labeur.

Mais je ne peux malheureusement pas, comme dans Astérix, leur crier: «Non tu ne chanteras pas, non tu ne chanteras pas!» en leur tapant sur la tête (à coup de poings ou de marteau): car je me suis laissé dire que l'endroit était «orchestré» par des policiers… mélomanes.

D'ailleurs aucun voisin (thaïlandais ou farang) n'ose s'en plaindre ouvertement. Trop dangereux, risques de représailles…

Pourtant, il y a plusieurs mois (d'insomnie), un monsieur (soi-disant) de la mairie, très poli, rempli de sincère sollicitude, est venu faire la tournée des popotes pour demander si nous étions incommodés par ce bruyant voisinage.

Je lui ai fait comprendre que c'était criminellement scandaleux, un raffut pareil, qui empêche, notamment, les enfants de dormir, surtout en semaine, quand il y a école. Il a dit qu'il en prendrait note, mais (tu parles!) non, non, rien n'a changé, tout, tout a continué, hey, hey, et cela ne semble pas prêt de s'arrêter.

La loi qui impose aux bars de fermer à 2h du matin, et les quartiers résidentiels qui ne sont pas supposés subir les agressions sonores des discothèques (et assimilés), ça s'applique où et quand? Je voudrais qu'on m'éclaire là-dessus.

 

Raymond Vergé

 (*) Karaoké, nom masculin (du japonais kara, vide [absence?] et oke, abréviation de okesutora [mot sans doute emprunté au grec via l'anglais] "orchestra"). Divertissement collectif ou individuel consistant à chanter sur une musique préenregistrée et en lisant un texte défilant sur un écran. Sur le même schéma, karaté veut dire 'main vide' (kara, vide et te, main).

 

Le karaoké en Asie, un loisir populaire et une étape pour signer un contrat

HONG KONG (AFP) - 28/02/11

Plus de 40 ans après son invention au Japon, le karaoké reste l'un des divertissements préférés des Asiatiques, mais il est aussi une étape quasi-obligatoire pour la signature de contrats entre hommes d'affaires.

Des jeunes femmes dans un karaoké de Hong Kong, le 11 février 2011.

Le karaoké --qui signifie en japonais orchestre vide-- représente pour les Hongkongais un moment d'évasion et l'occasion de se détendre à plusieurs dans un endroit de divertissement, dans cette ville au rythme de vie trépidant.

Près d'un tiers des 1,9 million d'habitants âgés entre 16 et 34 ans de ce territoire très urbain se rendent dans des karaokés au moins une fois par mois, selon le cabinet d'études Synovate Media Atlas.

La popularité de ce loisir se retrouve à peu près partout en Asie, des "box" de Hong Kong aux stands de rue de Manille, en passant par les "noraebang" (salles de chants) de Séoul: les karaokés séduisent dans les petites bourgades et les immenses métropoles du continent.

Ils sont aussi une part importante du rituel accompagnant la conclusion de contrats. Les soirées prolongées tard dans la nuit, souvent bien arrosées, devant un microphone, permettent de bâtir la confiance au-delà des barrières de langue ou de culture.

"En Chine, la relation avec le client va au-delà de la simple signature d'un contrat", explique un homme d'affaires suisse, qui travaille dans la vente des montres de luxe.

"Si vous êtes en train de conclure une affaire à Shanghai, Tianjin ou Pékin, le client va toujours dire à un moment donné +allons au karaoké+. On chante, on joue aux dés, on boit toute la nuit. Des hôtesses sont là pour prendre soin de vous et la nuit avance peu à peu", raconte l'homme d'affaires, qui ne veut pas être nommé.

"Je chante toujours Elvis. Très mal, mais je le fais avec sérieux et les Chinois apprécient. Au bout du compte, mes relations avec eux sont meilleures, et mes ventes aussi", ajoute-t-il.

Ces nuits karaoké "sont obligatoires" à la conduite des affaires dans plusieurs régions de Chine, du Japon ou de Corée du Sud, explique Matthew Chew, spécialiste des cultures chinoises à l'université baptiste de Hong Kong.

"Ce n'est pas seulement pour s'amuser. C'est l'occasion de voir comment vos partenaires commerciaux se comportent lorsqu'ils ont un coup dans le nez. C'est un rituel qui est très observé", ajoute-t-il.

Certains établissements haut de gamme en Chine proposent d'ailleurs des tables spéciales pour la signature de contrats.

Matthias Woo, auteur hongkongais de pièces de théâtre dont une consacrée à ce divertissement, estime que la popularité du karaoké répond à un besoin profond des Asiatiques.

"En Occident, vous avez des psychiatres, mais en Asie nous ne croyons pas à Freud et les gens ne s'expriment jamais sur leurs problèmes", souligne M. Woo. "Le karaoké est une manière pour eux d'exprimer leurs sentiments négatifs et les questions personnelles dont ils n'osent pas parler". © 2011 AFP




24/03/2008
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