Rencontre avec un asiate incorrigible

Fasciné depuis l'adolescence par l'Inde mythique et éternelle, Michel Muscadier, qui fut interprète-traducteur au Laos et journaliste-pigiste à Saigon, a émigré à Bangkok pendant la guerre du Vietnam. Il collabora au Bangkok-Post avant de prendre la direction de la Cinémathèque Régionale Française pour l'Asie du Sud-Est, qu'il quittera en 1994. II vit en Thaïlande depuis 1964.


[crédit photo: Raymond Vergé]

Question de journaliste: Vous êtes sans doute actuellement l'un des plus anciens résidents étrangers de Thaïlande, qu'est-ce qui vous a donc amené à cette distinction ?

Michel Muscadier: La trajectoire ne fut pas directe mais le cheminement s'explique très bien. Tout jeune, je me suis intéressé à l'hindouisme, notamment grâce aux livres d'Annie Besant (décédée en 1933, un an avant ma naissance) et aux enseignements de la Société Théosophique.


[Annie Besant / 1847-1933]

    Je suis parti pour l'Inde par la route, en juin 1954 (je n'avais pas 20 ans). Exactement comme les hippies post-soixante-huitards, mais avec plus de 15 ans d'avance. Quelques semaines en Turquie, Istanbul, Ankara, puis six mois en Iran. Les Iraniens étaient très accueillants car très francophiles.


[un billet à l'éffigie du Shah, en 1954]

          Après des adieux émouvants à l'ancienne Perse, j'ai fini par prendre l'autocar jusqu'à la frontière afghane, puis Herat, Kaboul, trois jours de piste dans le désert, tout le monde était très gentil, j'étais le seul étranger. Puis entrée dans le sous-continent indien par la Khyber Pass (chantée par Kipling) et descente à Peshawar, au Pakistan.

[NDLR: Ce nom (Pakstan, en ourdou d'origine persane) peut se traduire par 'Pays' (stan) des 'Purs' (pak), purs au sens de 'vrais musulmans'. C'est aussi l'acronyme formé (d'après leur dénomination anglaise) par les 5 provinces qui le composent: Punjab, Afghania (à la frontière du nord-ouest, limitrophe de l'Afghanistan), Kashmir, Sindh et Baluchistan]


[Chefs de clans afghans dans les années 50]

    Dans la foulée, j'ai passé peu de temps au Pakistan, invité par un Français qui m'a offert l'hospitalité à Batapour, la ville des usines Bata (les chaussures!), près de Lahore, et ensuite, continuation sur le Pendjab indien (Amritsar, Jullundur), puis le Cachemire, somptueux, un mois sur les house-boats (habitations flottantes, péniches aménagées) de Srinagar. Ensuite, Pahalgam et le fameux pèlerinage du mois d'août au «Shiva Lingam» d'Amarnath (i.e le phallus de l'Immortel, une stalagmite de glace géante), trois jours à crapahuter, parfois avec de la neige jusqu'aux genoux.


[Le Shiva "Lingam" d'Amarnath - Lingam=phallus, Amarnath=Immortel]

[VOIR ARTICLE AFP EN BAS DE PAGE]

          Redescendu en plaine, partout où j'allais les gens m'invitaient et m'offraient le gîte et le couvert. Néanmoins, pour subsister, j'ai écrit des articles dans la presse locale de langue anglaise, l'Amrit Bazar Patrika et le Statesman, notamment. Je suis resté en Inde jusqu'en juillet 56, j'ai vu tout le Nord-Ouest et toute la vallée du Gange (j'ai fait étape à Bénarès, bien sûr). J'ai rencontré beaucoup de gentillesse et d'hospitalité, j'y ai appris l'anglais en lisant et par la pratique.

[Bénarès-Varanasi: Manikarnika Ghat, le principal 'quai' des crémations]

          Mais à Calcutta, surprise, le vice-consul de France me dit «Voilà, votre feuille de route est arrivée. Vous devez être incorporé dans les trois jours au 458ème groupe d'artillerie anti-aérienne coloniale, le GAAC». Je n'avais pas les moyens de rentrer en France et il n'avait pas de budget de rapatriement, alors il m'a suggéré: «Vous avez l'air d'aimer l'Asie, pourquoi ne pousseriez-vous pas jusqu'à la base aérienne française de Xénô, au Laos (province de Savannakhet), qui existe en vertu des accords de Genève de 1954, là-bas ils vous feront faire votre service militaire».


[458e Groupe d'Artillerie Anti-aérienne Colonial]

          J'ai accepté. J'ai payé pas trop cher un vol jusqu'à Rangoon où l'attaché militaire m'a dit «Allez voir mon collègue à Bangkok». J'y suis arrivé en août 56. Je me précipite à l'ambassade: l'attaché militaire me prévient «N'allez pas directement à la base de Xénô, allez plutôt voir mon collègue à Vientiane». J'ai donc passé trois mois à Vientiane où j'ai servi d'interprète-traducteur français-anglais, ça ne courrait pas les rues en 1956 au Laos, et puis l'ambassade a fait la demande au ministère des armées, un fonctionnaire a dû penser «Encore un qui veut se planquer et comme il n'a pas d'excuse, on va le faire revenir, aux frais de l'État», en vertu du règlement de 1909 pour les militaires français isolés à l'étranger. Donc, j'ai pris l'avion à Vientiane sur Air Laos, et ensuite embarquement sur un Super Constellation à Saigon.

          Je me suis retrouvé à Paris en caserne au mois d'octobre 56, et puis trois jours après, le jour de mes 22 ans, on me remettait mon paquetage, à Coulommiers. L'hiver, les bouseux, les paysans, rien de très exotique, c'était très dur.


[Caserne militaire en région parisienne]

          Je suis allé Porte de Pantin voir un Kabyle que je connaissais et qui s'était fait réformer en simulant la schizophrénie. C'était un intellectuel, il ne voulait pas se trouver devant le choix de devoir soit tirer sur des compatriotes en Algérie, soit déserter.
          Sur ses conseils, j'ai opté pour un faux-suicide par empoisonnement au Gardénal. J'ai avalé un tube, ils ont appelé un médecin de quartier. J'ai été réveillé avec des gifles et une piqûre au Maxiton, pour le cœur, puis transport à l'hôpital du Val-de-Grâce.


[L'hôpital du Val-de-Grâce]

          D'abord je suis resté isolé, pendant 24 ou 48h, chaque bras et chaque pied attaché à un barreau, on a procédé à un lavage d'estomac, c'était douloureux. Après on m'a désentravé et on m'a mis dans une espèce d'antichambre où il y avait les vrais et les faux suicidés. Il ne faut pas oublier que c'était la guerre d'Algérie et il y avait d'autres simulateurs, qui en venaient, et de vrais suicidés. Imaginez le tableau: tout le monde se méfiait de tout le monde.

          Finalement j'ai été libéré au mois d'avril, après trente mois sous les drapeaux. J'avais réussi entretemps à obtenir un pré-visa [de la France] pour le Laos. A l'époque, les autorités laotiennes avaient peur que des anciens Français de l'Indochine ne retournent au Laos sans avoir de travail, alors on exigeait un pré-visa français, et par chance j'ai obtenu une autorisation de rapatriement par bateau. 21 jours de Marseille à Saigon où il y avait un reliquat d'intendance française qui m'a pris en charge à l'arrivée, le temps d'avoir mon vol pour Xénô.




[Le Laos en tout début de carrière]

[Photo Messageries Maritimes]

          Donc, je suis arrivé au Laos et là j'étais bien embêté, c'était la galère, j'ai donné des leçons de français à Savannakhet, puis je me suis retrouvé à Vientiane comme employé de commerce et aussi interprète-traducteur français-anglais pour une commission internationale de contrôle des accords de Genève de 1954, et puis finalement je suis devenu pigiste pour Associated Press et Reuters (photos et communiqués).

          Mais un beau jour, j'en ai eu marre du Laos. Il y avait très peu de jeunes, j'avais 25 ans, le pays était très beau mais je me sentais un peu décalé, n'appartenant pas à la génération de la guerre d'Indochine, ni à celle des colons.

          Alors je suis parti à Saigon, j'ai redonné des cours de français, j'ai écrit des articles (que j'ai toujours dans mes archives) dans le Journal d'Extrême-Orient, un vieux journal français qui n'a pas survécu à la guerre.

          J'ai fait quelques reportages, j'ai couvert la chute de Ngo Dinh Diem (1er novembre 1963) qui a bien sûr fait la 1ère page, mais mon contrat n'a duré que neuf ou dix mois, ensuite j'ai travaillé pour le Vietnam Nouveau, autre journal francophone.


[Ngo Dinh Diem, président du Sud-Vietnam, assassiné le 02/11/63]

Et puis j'en ai eu assez du Vietnam. Je n'aimais pas vraiment le pays, la mentalité, et de plus à l'époque, j'ai réalisé que le temps jouait contre le régime sudiste, qui, en fait, est tombé le 30/04/75.


[Évacuation de civils le 30/04/75 à Saigon]

          Mais je n'ai pas attendu jusque-là. Je connaissais la Thaïlande, j'y avais deux amis journalistes, l'un d'eux m'a dit «Faut demander un visa ''non-immigrant'' à l'ambassade de Thaïlande à Saigon».
          J'avais deux ou trois vagues promesses d'embauche par des sociétés, je l'ai obtenu très vite, à l'époque c'était facile, et trois mois après mon arrivée à Bangkok, en 1964 donc, j'étais résident à vie.


[Tram à Bangkok en 1964]

         Les premières années, j'ai enseigné ici et là, j'ai vivoté, il n'y avait pas de profs de français, j'ai trouvé des élèves facilement, ça ne me déplaisait pas trop et ça me laissait une certaine liberté. Je ne gagnais pas des masses mais j'avais peu de frais, j'étais jeune.
          Et puis un jour, j'ai postulé auprès de l'attaché culturel de l'ambassade de France pour un job éventuel. Il m'a dit «Quelque chose peut vous intéresser, on cherche quelqu'un pour créer et gérer la cinémathèque régionale pour toute l'Asie du Sud-est».


[Pierrot le fou, de Jean-Luc Godard - 1965]

          Voilà, je suis entré en fonctions le 1er juillet 1968 comme auxiliaire (puis contractuel) culturel, payé au mois. J'y suis resté jusqu'à ma retraite en 1994. Nous passions des films en 16mm, en français, sous-titrés en anglais et destinés à être distribués dans les 15 pays de la région.
          Dès le départ, l'Alliance française m'a demandé de proposer au Bangkok-Post (pour lequel j'écrivais déjà) une critique hebdomadaire pour le film français de la semaine.
          Entretemps, j'ai été le délégué français d'une commission culturelle d'octroi de bourses post-universitaires de 1968 à 1974 pour l'OTASE, (l'Organisation du Traité de l'Asie du Sud-est) dont le siège était à Bangkok.
          Bref, lorsque j'ai cessé mes activités à la cinémathèque en 1994, je me suis retrouvé très occupé à ne rien faire. Quelques articles de temps en temps, le sport, la natation, un peu de tennis. J'étais retourné au Vietnam et au Laos en 1985, mais désormais je n'ai plus envie de voyager. J'ai fait un saut en France la dernière fois en 1998.


[crédit photo: Raymond Vergé]

          Maintenant, je veux finir ma vie ici, car en réalité j'ai fui l'Europe, et aujourd'hui plus que jamais, il y a des problèmes de sécurité que nous n'avons pas ici, je suis de la vieille génération, celle qui a connu un métropolitain où on pouvait se promener à toute heure dans les couloirs de correspondance, tranquillement, sans risquer de se faire agresser. Les malandrins n'étaient pas dangereux, les voleurs n'étaient pas armés, c'est une France qui a disparu. La France que j'ai connue, c'est celle de 1959 que j'ai quittée pour venir vivre en Asie définitivement.

          Donc, tous comptes faits, sur mes 74 ans, je n'ai vécu que 20 ans en France, à part de brefs séjours par la suite, de quelques jours à quelques semaines, dont une fois moins de deux mois en 1974. Et j'ai vu ici tous les différents changements de régime, les dictatures, les coups d'état, les manifestations sanglantes.


[Foule entourant les chars à Bangkok le 19/09/06]

          Pour le dernier [coup d'état] en date, je dois avouer que j'ai dormi, je me suis couché plus tôt que d'habitude. Mon fils adoptif thaïlandais est venu me réveiller en me disant «Tu sais Michel, il y a un coup d'état, on l'a annoncé tout à l'heure!». J'ai répondu «Merci, j'aurai tous les détails demain». Je me doutais qu'il serait pacifique celui-là !

Propos recueillis par Raymond Vergé


[Michel Muscadier chez lui à Bangkok le 24/04/11: toujours bon pied, bon œil]
[crédit photo: Raymond Vergé]

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Rencontre : Michel Muscadier, un poète à Bangkok
Aude Genet [Gavroche nº32 - Août 1997]

       Soi Kassem San. Une maison remplie de toutes sortes d'ouvrages sur la culture, l’histoire, les langues des pays d’Asie du Sud-est. Tel est l'univers de ce Français d'origine plus que de cœur, qui, au milieu d’une ville chaotique, s’est découvert la vocation de poète.

           Bangkokois depuis maintenant plus de trente ans, Michel, 62 ans, a vu du pays avant de s'installer définitivement en Thaïlande. Dès l'âge de 20 ans, il décide de plier bagages, direction l'Inde. Après plusieurs mois passés dans ce pays, il s'aventure sur les chemins de l'Asie du Sud-est. Au programme: Laos, Vietnam, Birmanie...

           Mais la Thaïlande ne fait, à chaque fois, l'objet que de brefs séjours. Pourtant, séduit par le charme du pays, par la richesse de sa nature et l'accueil des Thaïlandais, Michel ne quittera plus cette terre. Si ce n'est pour entreprendre des voyages touristiques. II se sent d'ailleurs désormais beaucoup plus thaïlandais que français, et ne peut envisager un retour au pays. 

          Fasciné par cette partie du monde, Michel n'en a pas pour autant oublié les trésors de son pays d'origine. Directeur du bureau de la cinémathèque française de 1968 à 1992, il a pu rester en contact avec la production nationale. Mission culturelle initiée par le ministère des Affaires étrangères français, la cinémathèque couvre toute l'Asie du Sud-est. Le choix de Bangkok comme ville d'accueil peut surprendre.

        D'autres capitales sont, en effet, plus sensibles à l'art francophone. Mais la ville avait un avantage indéniable: sa situation géographique, au cœur de la zone. L'idéal pour promouvoir le cinéma français sur cette partie du continent. Sous sa direction, des centaines de films ont ainsi pu être diffusés en salle, belle récompense pour un amoureux des échanges culturels...

La poésie

         Il a d'ailleurs toujours su concilier sa passion des deux mondes. Aucune des années passées sur le continent asiatique n'aura été de trop pour appréhender sa culture, s'imprégner de son histoire et comprendre, si seulement c'est possible, ses peuples.

            Et, influence par les plus grands auteurs français, il se mettra lui-même à la poésie pour retranscrire ses expériences, les sensations éprouvées au fil de ses voyages. Journaliste pour Reuter et Associated Press au Laos, il poursuit son métier à son arrivée en Thaïlande.

           Il publie alors des articles culturels dans le Bangkok Post et un poème dans la revue de l'Alliance française. Certains textes sont plus explicatifs que d'autres. Et l'on sent alors tout le travail de recherche, cette passion pour la région. De l'origine du mot "Farang" à celui du Siam, tout est source d'intérêt.

           Les poèmes, quant à eux, témoignent de la vie au quotidien avec le peuple thaïlandais, des évolutions plus ou moins sauvages de la capitale. Trente ans passés dans le même quartier, trente ans à observer les transformations progressives des lieux.

            Une certaine nostalgie du Bangkok d'autrefois est ainsi née. La poésie est sans doute le meilleur moyen pour exprimer ce sentiment indéfinissable.

          «Bangkok», en est une parfaite illustration. Les poèmes qu'il compose depuis vingt ans n'ont encore jamais été réunis dans un recueil. Michel attend le bon moment. Et son seul regret est de ne pouvoir écrire directement en thaï. Car s'il le lit, il n'en maitrise pas suffisamment l'écriture.

Bangkok
Bangkok, un fleuve de béton a noyé tes canaux dans la vague du souvenir, Et la marée humaine des basses et hautes terres a submergé la ville. Bangkok des années soixante, qu'es-tu devenu ? Alors l'herbe folle ceinturait tes maisons de guingois à pilotis au détour du temps qui passe sur "Sayam Sekouere" d'aujourd'hui, Alors les ronds-points de terre battue ignoraient leur futur de carrefours anonymes dépotoirs de vapeurs délétères, Alors tramways de première et deuxième classes berçaient leurs passagers d'un nulle part jamais ailleurs au n'importe où de leur destin, Alors la ville étale et sinueuse s'alanguissait sous le regard d'Indra dans son ciel complice, Alors le vent des cerfs-volants frivoles folâtrait dans l'ivresse d'une liberté sans tours-barrières à la sombre morosité agressive. Bangkok des années soixante, que sont tes flamboyants, tes manguiers, tes frangipaniers devenus? Bangkok, Kroungthep, Ciudad de Los Angeles ou impitoyable cocacolanisation chaque jour un peu plus avance ses trop voyants tentacules, Bangkok, il te reste le plus pur joyau, ton cœur ramifié aux trois cents pagodes Et son merveilleux écrin, le sourire de ton peuple, Bangkok, Cité des Anges, des anges déchus, qu'as-tu fait de ton âme? Michel Muscadier (1984)

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Farang comme-ci, Farang comme ca?
Par Michel Muscadier (publié dans Gavroche – Juin 2004) 

Très vite, l'Occidental en Thaïlande découvre qu'il appartient à un groupe humain particulier dont les membres sont dénommés Farang en langue thaïe.

          Si pour les Thaïlandais tous les Blancs de notre planète sont des Farangs avant d'être des Européens, des Américains ou des Russes, l'origine en vient des Croisades durant lesquelles les Francs - ancêtres des Français actuels - jouèrent un rôle déterminant, tant et si bien que tout le Proche-Orient arabo-turco musulman en vint à designer tout Croisé par le nom générique de Franc puis, par extension, tout Occidental en terre d'Islam. En Perse, le génie de la langue persane modifia le Franc (ou Frank) en Farangi (ou Faranji).

          Or un courant d'échanges commerciaux entre les royaumes de Perse et d'Ayutthaya se développa considérablement à partir du XVIème siècle de l'ère chrétienne grâce aux marchands persans dont certains se fixèrent définitivement en terre de Siam. C'est ainsi que les habitants d'Ayutthaya entendirent parler des Farangi ou Farangji avant même l'arrivée des premiers Européens. Mais la langue thaïe étant dépourvue du "ji" et du "gi", les Farangji ou Farangi se trouvèrent condamnés à devenir des Farangs par un processus naturel de thaïcisation.

          Curieusement, pendant la seconde guerre - l'américaine, pas la française - du Vietnam, des militaires Noirs Américains se voyaient fréquemment baptisés Farang Dam (Farang Noir) par certains autochtones.

          Neutre à l'origine et encore la plupart du temps dans la conversation de nos jours, le terme de Farang peut prendre une connotation péjorative soit dans la bouche d'un Thaïlandais, soit dans l'esprit d'un Farang qui, à tort ou à raison, le perçoit bien ainsi.

Pourtant, le degré d'étrangeté ou de Farangjivité d'un Farang par rapport à la société thaïlandaise tient essentiellement à l'acuité de son niveau de perception de l'espace social dans lequel vivent les Thaïlandais d'aujourd'hui. Si cette compréhension globale et en profondeur du monde thaï est ressentie et tenue pour réelle par les interlocuteurs thaïlandais d'un Farang donné, sa condition dans l'état de Farangjivité s'en trouve, dès lors, considérablement améliorée.

           Ainsi la connaissance de la langue jointe à un sens aigu de l'observation du milieu par un Farang réceptif peut, éventuellement, parvenir à créer d'authentiques passerelles de compréhension entre un Occidental et son environnement humain thaïlandais.

         Autres lieux, autres temps, il y a de cela une cinquantaine d'années, l'écrivain français Jean Hougron avait tenté par un néologisme de son cru - Asiate - de définir un Farang évoluant dans un univers mental complexe tenant à la fois de l'Occident et de l'Orient étroitement imbriqués.

        Du touriste qui passe sans voir et surtout sans comprendre, du voyageur averti mais désorienté au résident établi pour le meilleur et pour le pire depuis des décennies dans son pays d'adoption, nombreuses sont les nuances qui différencient les uns des autres sur l'invisible échelle de la Farangjivité dans sa subjectivité sans cesse fluctuante.

          Tel Farang quoi qu'il fasse sera toujours totalement Farang après un demi-siècle de séjour en Thaïlande, alors que tel autre, après un laps de temps bien moindre que le précédent, aura perdu une plus ou moins grande proportion de sa Farangjivité dans la perception qu'auront de lui les Thaïlandais.

       Telle la théorie de la relativité d'Einstein, la Farangjivité a la trompeuse apparence du réel dans l'illusion et de l'illusion dans le réel, à la fois incontournable et incontrôlable dans son imprévisible évolution. Considérer un Farang comme un Thaïlandais, c'est, a contrario, le plus beau des compliments qu'un Thaïlandais puisse faire à un Blanc.

        Si moralité il y a, c'est que le Farang des uns n'est pas forcement le Farang des autres. Et puis, au royaume de Siam, on a toujours besoin d'un plus Farang que soi...

                                             ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

 

 

Au Cachemire indien, un pèlerinage menace un coin de l'Himalaya

 

Srinagar (Inde) (AFP) - 31.08.2013 10:39 - Par Parvaiz BUKHARI

 

Chaque été pendant deux mois, des centaines de milliers de pèlerins hindous se rendent dans une grotte de l'Himalaya, un site sacré à 3.800 mètres d'altitude dans le Cachemire indien. Et laissent derrière eux quantité de déchets.

voir le zoom : Des déchets s'accumulent sur les pentes conduisant au sanctuaire Amarnat, dans le Cachemire indien, le 18 août 2013
Des déchets s'accumulent sur les pentes conduisant
au sanctuaire d'Amarnath, dans le Cachemire indien,
le 18 août 2013 - afp.com - Tauseef Mustafa

 

voir le zoom : Des pélerins sur le sentier conduisant au sanctuaire Amarnath, un des sites les plus vénérés par les hindous, dans le Cachemire indien, le 18 août 2013
Des pélerins sur le sentier conduisant
au sanctuaire d'Amarnath, un des sites
les plus vénérés par les hindous, dans le
Cachemire indien, le 18 août 2013
afp.com - Tauseef Mustafa

 

Le sanctuaire Amarnath, un des sites les plus vénérés par les hindous, flotte au milieu des nuages. A la fin de la saison estivale des pèlerinages, le lieu porte les stigmates de l'afflux des visiteurs: bouteilles vides, sac en plastique et matières fécales ponctuent les chemins escarpés.

 

Des ordures tombent dans les glaciers et sont emportées vers les vallées à la fonte des neiges, souillant les eaux que boivent les populations en bas, soulignent les défenseurs de l'environnement.

 

"Il y a plus de 53 glaciers dans cette zone", explique le professeur Shakil Ramshoo, qui dirige le département des sciences de la Terre à l'université du Cachemire. "Des quantités énormes de matière fécale et les déchets des multiples gargotes vont directement dans les eaux, détériorant leur qualité".

 

Le gouvernement et les organisateurs du pèlerinage assurent améliorer chaque année le dispositif de protection des lieux.

 

La direction du sanctuaire indique que les opérations de nettoyage se poursuivent deux mois après la fin du pèlerinage, et deux systèmes de traitement des eaux usées ont été construits près des deux principaux camps de base, au début de la marche.

 

Des centaines de toilettes préfabriquées sont installées le long des sentiers pendant l'été, mais très peu sont spécialement conçues pour éviter que les matières organiques glissent vers les cours d'eau. Les pluies, violentes, emportent les ordures laissées à l'air libre, et les dispersent.

 

Les tensions au Cachemire, région à majorité musulmane et théâtre de nombreux heurts, n'arrangent rien.

 

En 2008, le transfert d'une parcelle de terrain aux gérants du sanctuaire, pour y construire des infrastructures d'accueil, a fait dire aux musulmans que les hindous s'emparaient d'un bout de la région. Les habitants sont descendus dans la rue et le transfert a été annulé.

 

"Nous devons mieux adapter" les structures d'accueil, déclare Navin Choudhary, qui dirige le conseil chargé de gérer le sanctuaire. "Nous sommes bien décidés. (Préserver) l'environnement sur cette zone est très important".

 

Des pèlerins viennent du monde entier pour se recueillir à Amarnath et admirer ce site unique, doté de stalagmites de glace qui symbolisent Shiva. C'est dans cette grotte que le dieu de la destruction a révélé à sa compagne Parvati les secrets de la vie et de l'immortalité, selon la tradition hindoue.

 

Les stalagmites sacrées se forment chaque année dans la grotte mais la plupart fondent avant la fin de la saison des pèlerinages.

 

"Toutes les difficultés et les soucis disparaissent lorsqu'on visite cet endroit. C'est pourquoi tout le monde vient ici", explique Shopinder Achariya, qui se rend sur le site tous les ans depuis 2001.

 

Les pèlerins n'ont été "que" 350.000 cet été à gravir les chemins, contre 620.000 l'an dernier. Les autorités attribuent cette chute à une mousson violente et à des heurts communautaires, qui ont effrayé les fidèles.

 

Les plus fortunés se rendent sur place en hélicoptère, depuis Sonmarg et Pahalgam, deux bases touristiques à proximité. Les vols des appareils, ajoutés à la chaleur émise par les milliers de pèlerins chaque jour, contribuent à l'accélération de la fonte des glaciers dans cette zone à l'écosystème délicat.

 

"N'importe quel jour pendant la saison du pèlerinage, quelque 30.000 personnes, dotées d'une chaleur corporelle de 37 degrés, se trouvent près des glaciers, accélérant ainsi leur fonte", déplore le professeur Shakil Ramshoo.

 

Pour les défenseurs de l'environnement, il faut limiter le nombre des pèlerins et écourter la saison si l'on veut atténuer l'impact sur la zone, indique Arjimand Hussain Talib, expert en développement et protection de la nature. © 2013 AFP

 



26/03/2008
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